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LE P'TIT JESUS de Noël
Quand je vois, aux jours d'aujourd'hui, les pyramides de cadeaux au pied du sapin, je suis atterré! Les papiers sont arrachés, vite, vite; le môme jette à peine un coup d'oeil sur le contenu; au suivant, au suivant !... L'accumulation de cadeaux a tué le plaisir, le bonheur du cadeau unique qui durerait toute une année !... Combien de ces jouets, remisés bien vite au grenier, pourront-ils éveiller, plus tard, la nostalgie des jouets d'enfance ?...
L'automne était venu et le froid devenant plus intense nous avait chassé de notre cuisine au sol glacial de ciment, trop offerte aux courants d'air. A mon grand plaisir, nous nous étions installés au poêle (prononcez : pouâle), au coeur de la maison, qui saurait bien garder la chaleur que prodiguait une robuste cuisinière.
Le poêle serait donc notre nid pour tout l'hiver et c'est là, dans un recoin, que serait installé le sapin de noël. J'étais allé en catimini dans la sapinière du Marcel couper un arbre de belle facture, pas très grand car nous n'avions pas beaucoup de décorations. C'était d'ailleurs moi qui les fabriquais : j'avais collectionné, depuis le début de l'année, le papier argenté qui enveloppait les quelques plaques de chocolat que la M'man, pour céder à nos sollicitations, avait achetées à la coop. J'en entourais de menus objets, des noix surtout. L'étoile du sommet était découpée dans du carton que j'avais teinté de jaune. De la ouate sur les aiguilles simulerait la neige.
Sous le petit sapin, une crèche rudimentaire en carton mâché. Quelques personnages : le vieux Joseph, Marie, un ou deux rois mages, le boeuf à qui il manquait une patte si bien que je devais l'appuyer contre Joseph pour qu'il reste debout, un âne sans oreilles et deux moutons. Quant au petit Jésus, la M'man avait eu l'imprudence d'en trouver un, tout rose, si bien qu'il ressemblait à un bonbon et... ce fut ma première communion !... Pour le remplacer, j'en dessinai un sur du papier et, l'imagination aidant ... Il n'y avait plus maintenant qu'à installer les galoches, consciencieusement graissées, et à attendre.
Au retour, un semblant de réveillon, on ne faisait pas de chichis à l'époque : une bonne soupe, du fromage, une part de gâteau de ménage ... et au lit !
Qu'est-ce que le P'tit Jésus pouvait bien avoir apporté ? A l'époque, on ne parlait pas de père Noël à la maison, on le laissait à la maîtresse et à son spectacle de Noël dans lequel pourtant nous jouions tous un rôle. Ce qui est étonnant à la réflexion, c'est que nous ne confondions pas les genres : le père Noël était un personnage de théâtre tandis que le Petit Jésus, lui seul, apportait les cadeaux. Que dis-je : les cadeaux ? LE cadeau, accompagné d'une orange, de deux papillottes, de quelques noix, de quelques bonbons, peut-être !...
Le premier cadeau dont je me souvienne fut un cheval en carton, grisâtre, pommé, à roulettes, avec une petite sonnaille autour du cou; il m'enchanta. Il échappa longtemps, au grenier, à la M'man dont je redoutais les subits accès de rangement, car elle était assez "débarrasseuse" de tempérament. Mais il ne subsista pas au déménagement qui se fit sournoisement en mon absence si bien que je ne pus jamais dire adieu à ce petit cheval que le bon Jésus m'avait apporté. D'autres noëls me donnèrent un petit train métallique bleu qui, longuement remonté, tournait langoureusement sur son cercle de rails ; une maison forestière, dont le modèle survit encore de nos jours - à cette différence près que les vitres de carton et de mica coloré ont été remplacées par de vilaines fenêtres en matière plastique blanche ; une boîte de meccano, merveille des merveilles, qui me permit de mener des batailles acharnées en utilisant les petites vis comme obus. C'était peu, c'était beaucoup, c'était le bonheur !
SUITE : Le petit Jésus m’a écrit
Mais auparavant il y avait l'incontournable messe de minuit. Le trajet, souvent enneigé, le froid glacial de notre trop haute église, l'impatience d'être à demain, la faim aussi car, comme il fallait communier, on avait jeûné depuis un moment déjà : tout cela rendait pénible cette cérémonie. Une consolation toutefois : la majestueuse crèche qui trônait à l'entrée du choeur. Elle était vraiment de taille imposante, sur fond de sapins et de papier-rocher. Les personnages étaient beaux. Devant, il y avait même un nègre qui opinait du chef chaque fois qu'on glissait une pièce (un bouton aurait été trop léger ! ) dans la tirelire qu'il tenait devant lui. L'intérieur de la crèche était garni de paille et une ampoule, astucieusement disposée, clairait, donnant à l'ensemble une douce teinte dorée : qu'il devait faire bon chaud dans cette crèche! J'en avais chaque fois les larmes aux yeux !
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