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De prime abord, quand on est môme, on adore voir tomber la neige. Et chez nous, elle tombait tôt en automne, pour ne se relever, en ces époques, que vers le mois d'avril, voire en mai seulement. Oui, sans contexte, l'hiver était alors plus long et plus rude qu'aujourd'hui. L'hiver, c'était la promesse de jeux nouveaux allant des simples batailles à coups de boules de neige, la construction de camps retranchés et des assauts acharnés pour emporter la redoute de l'adversaire. Un bonhomme de neige, oui, pour sacrifier à la tradition, mais sans plus. Des parties de luge car les pentes ne manquent pas par chez nous... Le ski ? Oui, bien sûr, mais notre équipement était si rudimentaire ! Je me souviens que la M'man, croyant me faire un grand plaisir, s'était procuré une paire de skis de fond, étroits au possible, mais c'étaient des skis pour des grands, qu'importe. Pour les mettre à ma taille, elle avait scié une grande partie de l'arrière, si bien qu'il fallait avoir des talents d'acrobate pour maintenir son équilibre. Les fixations étaient réduites à de simples courroies ; on mettait le pied dedans, qui n'était maintenu par rien d'autre. Sur le plat, cela faisait illusion, mais dans les descentes, une fois sur deux un des skis prenait son indépendance et dévalait agréablement la pente, sous les rires des copains !... Ne parlons pas des sauts sur les petits tremplins de la Roche !... Et pourtant il y avait de réels champions, à Chaux-Neuve notamment, avec les frères Monnier, mais ils étaient beaucoup mieux équipés. L'hiver n'apportait pas que des plaisirs nouveaux, loin de là. Une des tâches dévolues aux enfants était de peller la neige, de peller sans cesse pour établir des passages. Pour sortir de la maison tout simplement, ou pour faire passer la brouette qui, chaque jour, transporterait le fumier de l'écurie au tas fumant entreposé dans les environs de la ferme. Un chemin encore pour faciliter le trajet des vaches que l'on menait boire, chaque jour, à la fontaine. Un chemin enfin pour rejoindre la grand'route qui traversait le village et permettrait un accès plus facile à l'école (ce qui n'était pas capital, car les gosses se débrouilleront toujours), au chalet pour y porter, matin et soir, la bouille de lait (ça, c'était important !) et, enfin, à l'église pour que M. Le curé n'ait pas à dire sa messe, à sept heures, devant une église vide (ce qui aurait été inconcevable !). Quelques photos retrouvées montrent bien les hauteurs impressionnantes de neige, certains hivers. Il y avait, bien entendu, la couche tombée, souvent pendant plusieurs jours d'affilée, qui atteignait facilement le mètre ou le dépassait. Mais il fallait y ajouter la neige tombée du toit, que la chute avait durcie. L'ensemble formait devant chaque maison un rempart impressionnant qui bouchait les fenêtres, si bien qu'on n'y voyait quasiment plus à l'intérieur. Comment sortir ?
.. les neiges d'antan.
Le “Tacot” à Châtelblanc vers 1950
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