Dominique François BOURGEOIS
Inventeur
Il fut baptisé le 18 novembre 1697 et mourut à Paris en 1781.
Je cite ici une notice extraite du livre sur " Les BOURGEOIS " ( Archives et Culture, 17 rue BARGUE, 75015 Paris. Collection : Les dictionnaires patronymiques. 1993 )
" Dominique François BOURGEOIS, dit BOURGEOIS de CHATEAUBLANC, ingénieur mécanicien et inventeur. Né à Châtelblanc (bailliage de Pontarlier) en 1698.
Ses parents étaient si pauvres qu'ils ne purent lui faire apprendre à lire et à écrire. Il fit son apprentissage chez un horloger, il y resta quelques années et vint ensuite à Paris où il entra simple compagnon chez un serrurier.
( mes propres recherches ne m'ont pas montré que la famille de Claude était si pauvre. Il savait écrire. J'ai retrouvé un acte du 25 août 1718 ; Dominique François est dit armurier, et il a signé : D.F. BOURGOIS. )
Ce fut alors que se développa son rare talent pour la mécanique et se révéla chercheur avisé. D'après le P. JOLY, il serait le véritable inventeur des automates attribués à VAUCANSON, à qui il aurait fourni son canard artificiel, commandé par un contrat du 30 août 1733 ; mais en voyant le succès qu'obtenait cette machine, il ne put résister au plaisir de s'en faire connaître pour l'auteur. VAUCANSON se plaignit d'une indiscrétion qui pouvait nuire à sa réputation naissante. Des commissaires nommés par l'académie des sciences furent chargés d'éclaircir l'affaire. L'un d'eux, PAJOT d'ONSEMBRAY, déclara par un certificat délivré le 13 mai 1736 que l'auteur du canard était BOURGEOIS. VAUCANSON parvint cependant à faire condamner ce dernier comme calomniateur et le retint pendant deux ans et demi dans les prisons du Petit-Châtelet.
A sa sortie de prison, BOURGEOIS tourna ses vues vers des objets d'utilité publique. Il s'occupa de perfectionner les lanternes à réverbère et proposa, en 1744, à l'académie, un modèle qui fut agréé par cette compagnie et publié dans un recueil de machines.
Ayant obtenu un privilège pour la fabrication de cette lanterne, il établit un vaste atelier dans un des faubourgs de Paris ; mais il fut forcé par son peu de fortune de prendre des associés. Ceux-ci s'emparèrent de ses découvertes et firent échouer son entreprise, en lui enlevant ses meilleurs ouvriers.
Il obtint, en 1766, le prix proposé par l'académie des sciences pour la meilleure manière d'éclairer les rues ; mais il eut la douleur de partager ce prix avec un marchand faïencier nommé BAILLY, celui de ses associés dont il avait le plus à se plaindre.
Le 30 mai 1769, un arrêt du Conseil lui adjugea l'illumination de Paris pour vingt années. Le lieutenant de police SARTINE, reconnaissant que ses procédés avaient enthousiasmé les Parisiens, disait qu'on ne peut " penser que l'avenir réserve quelque chose de mieux ". Mais en même temps on lui imposa pour associés ce BAILLY et SAUGRIN, qui s'unirent pour l'expulser de sa propre entreprise ; et BOURGEOIS fut obligé de recourir à l'autorité pour obtenir de ceux qui le dépouillaient une chétive pension qui lui était due à tant de titres. Malgré ces contrariétés, il ne continua pas moins avec zèle ses expériences sur l'éclairage. Il construisit encore, en 1773, un fanal dont l'éclat résistait aux vents les plus violents. Ses associés, profitant de l'impossibilité où il se trouvait de surveiller son atelier, copièrent son modèle et le firent exécuter. BOURGEOIS réclama dans les journaux contre ce honteux plagiat ; et les expériences de son fanal furent répétées plusieurs fois sur le mont Valérien, pendant les années 1774 et 1775, avec un succès auquel il dut sa réputation dans les pays étrangers. L'impératrice de Russie lui en fit demander un pour éclairer l'entrée du port de Saint-Pétersbourg, fanal qu'il termina en 1778. Ce fut son dernier ouvrage.
Il mourut le 18 janvier 1781 à l'âge de 83 ans, presque aussi pauvre que lorsqu'il était venu. Il était veuf et survécut à sa fille, seul enfant qu'il eût de son mariage. (A ce sujet, j'ai trouvé : Dominique François a épousé une fille de Pierre Joseph BLONDEAU commissaire de police à Salins en 1714, et d'Antoinette CARMENTRAN. Pierre Joseph était le fils de Pierre BLONDEAU chirurgien au Chastelblanc (frère de Hugues le notaire) et de sa deuxième épouse Françoise LORIN originaire de Mouthe).
Le P. JOLY a publié sous le nom de BOURGEOIS deux Mémoires sur les lanternes à réverbère. PARIS. 1764. (Sources : Roman d'Amat, Dictionnaire de biographie française, librairie Letouzey et Ane, 1954, article de M. PREVOST, M. MICHAUD, Biographie universelle ancienne et moderne, A. THOISNIER DESPLACES, 1843 ).
Le texte qui suit est tiré de " Histoire et dictionnaire de Paris " ( Albert PIERRO ). Collection " BOUQUINS ", p.955 : Par lettres patentes du 23 décembre 1745, l'abbé MATHEROT de PREIGNEY et le sieur BOURGEOIS de CHATEAUBLANC ont obtenu le privilège d'une entreprise de nouvelles lanternes. Munies de lampes à huile, pourvues de réflecteurs en métal poli, elles sont appelées " réverbères ". La lumière de ces réverbères est nettement plus forte, mais ils mettront quand même un quart de siècle à s'imposer. Les " Mémoires secrets " de BACHAUMONT du 25 juillet 1769 font part de leur victoire sur les vieilles lanternes : " Toutes les affaires de ce pays-ci traînent en longueur, surtout quand il s'agit d'innover. Il y avait quelque temps qu'on avait annoncé celle du sieur BOURGEOIS de CHATEAUBLANC pour l'illumination de Paris durant toute l'année comme prête à se consommer ; la chose est enfin décidée et, par un arrêté du Conseil rendu le 30 juin dernier, il est chargé de l'entreprise de toutes les lanternes pendant vingt ans, conjointement avec des autres associés. C'est une justice qu'on devait d'autant mieux rendre à ce bon citoyen qu'il est le véritable inventeur des lanternes à reverbères, que toutes celles dont on a fait des essais ne sont que des configurations différentes de son modèle, auquel on est obligé de revenir. Il est reconnu que ces lanternes éclairent parfaitement, avec le plus d'économie possible et par une mécanique simple, qui fait infiniment d'honneur aux connaissances et aux talens de cet artiste. Son projet doit s'exécuter au premier août. "
On trouve une description précise des différents modèles de réverbères dans la convention passée avec le lieutenant général de police SARTINE :
" La forme des lanternes sera hexagone ; la cage sera en fer brasé sans soudures, et montée à vis et écrous. Celles destinées pour cinq becs de lumière auront deux pieds trois pouces de hauteur, y compris leur chapiteau, vingt pouces de diamètre par le haut et dix pouces par le bas (…) Toutes ces lanternes auront chacune trois lampes de différentes grandeurs à proportion du temps qu'elles devront éclairer. Chaque bec de lampe aura un réverbère de cuivre argenté mat, de six feuilles d'argent, et chaque lanterne avec un grand réverbère placé horizontalement au-dessus de la lumière, lequel entreprendra toute la grandeur de la lanterne pour dissiper les ombres ; ce réverbère sera également de cuivre argenté mat, de six feuilles d'argent ; tous les réverbères auront un tiers de ligne d'épaisseur. "
Perfectionnés vers 1821 par VIVIEN, ces lanternes à réverbère furent évincées à partir de 1840 par les becs de gaz de l'éclairage au gaz.
Une de ces lanternes à réverbère était destinée à devenir célèbre. Située à l'angle de la place de Grève et de la rue de la Vannerie ( vers l'avenue Victoria actuelle ), elle fut utilisée pour pendre FOULON et BERTIER de SAUVIGNY le 22 juillet 1789.
Dans son " discours de la Lanterne aux Parisiens ", Camille DESMOULINS se proclame " procureur général de la Lanterne", s'arrogeant par là le droit de désigner à la vindicte populaire les aristocrates et contrerévolutionnaires. Le cri " A la Lanterne " devint un appel au meurtre durant la Révolution et les paroles de la chanson " Ca ira " contenaient le vers : " Les aristocrates à la Lanterne ! ".
Voici enfin une copie du testament de l'inventeur :
" Par devant les Conseillers du Roi, notaires au Châtelet de Paris soussignés, présent sieur Dominique BOURGEOIS de CHATEAUBLANC ( il avait été anobli par le roi ), ingénieur Privilégié du Roi, demeurant à Paris Marché Palu, Paroisse Saint Germain le Vieil, trouvé par les notaires en une chambre au premier étage ayant vue sur la rivière ; ladite chambre dépendant d'une maison dont il est concessionnaire de la ville, au lit malade de corps et néanmoins sain d'esprit, mémoire et jugement ainsi qu'il est apparu auxdits notaires par ses discours. Lequel dans la vue de la mort a fait et dicté son testament ainsi qu'il suit :
Je recommande mon âme à Dieu, suppliant sa divine majesté de me faire miséricorde.
Je m'en rapporte pour les soins et frais de mon enterrement à la prudence de mon exécuteur testamentaire ci-après nommé.
Je fais et institue pour mon légataire universel dans tous les biens que je délaisserai tant meubles qu'immeubles Ignace Joseph BOURGEOIS mon neveu ( né le 10 janvier 1732 de son frère Jean Alexandre )marchand tanneur à Faverney en Franche-Comté, à la charge par mondit neveu de donner à Jeanne Baptiste BOURGEOIS ma petite-nièce, sa fille, une somme de 3.000 livres sur les deniers qu'il recueillera de ma succession et de lui remettre ma tabatière d'or.
Plus et aussi à la charge par ledit Ignace Joseph BOURGEOIS de donner pareillement sur ce qu'il recueillera dudit legs universel au nommé MICHAUT peintre, mon neveu, demeurant à Paris rue de Richelieu une somme de 500 livres, une fois payée ; plus à ma petite nièce BOURGEOIS sage-femme à Paris, rue Saint Martin pareille somme de 500 livres une fois payée, desquelles sommes de 3.000 livres et 500 livres je fais don et legs aux susnommés.
Plus je charge encore mondit légataire universel de payer sur les biens de ma succession au domestique mâle ou femelle qui se trouvera à mon service au jour de mon décès une somme de 200 livres dont je lui fais don et legs.
Je nomme pour exécuteur testamentaire le sieur Claude François (VIRVAUX ? FIRVAUX ? JIRVAUX ? ) mon ami que je prie d'en prendre la peine et d'accepter à cette considération ma montre d'or, dont je lui fais don et legs.
Je révoque tous autres testamens et codiciles que je peux avoir fait avant le présent mon testament auquel seul je m'arrête comme contenant mes dernières intentions.
Ce fut ainsi fait et dicté et nommé auxdits notaires soussignés par ledit testateur et à lui par l'un d'eux, l'autre présent, relu, qu'il dit avoir bien entendu et y persévérer.
A Paris, en la chambre susdite, l'an 1780, le 14 juillet, heure de dix et trois quarts du matin, et a déclaré ne pouvoir quant à présent écrire ni signer à cause de son grand âge et de la maladie dont il est affligé, de ce interpellé par les notaires soussignés, suivant l'ordonnance ainsi qu'il est dit en la minute des présentes demeurée à Maître GAILLARD l'un des notaires soussignés qui a délivré ces présentes ce jour d'hui 18 février 1781.
Signé : GAILLARD avec paraphe ".
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