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CHEZ NOUS, il y a cinquante ans ... Cher(e) ami(e), vous qui me faites l'honneur et le plaisir de venir sur mon site pour la première fois, je vous dois bien un zeste de présentation. Alors, ce sera bref, et à la bonne franquette! Me voici donc, jouant aux quilles devant ma maison natale, sur la Combille. N'est-ce pas que je suis mignon? Je le suis resté d'ailleurs... Ce doit être un beau dimanche après-midi, car je suis habillé "en dimanche" justement, et le vieux jeu de quilles, entreposé le reste de la semaine dans la "remise à Paul GUY" notre voisin, ne sortait que le dimanche, après les vêpres. Les jeunes gars du village s'y adonnaient alors en parties acharnées. J'avais l'honneur, comme étant le seul garçon de la Combille, donc sur mes terres, d'être le "r'quilloux", dont le rôle était de remettre en place les quilles abattues. Je me trouve quand même un peu cabotin sur cette photo, prise sans doute par un des Parisiens qui, pendant la guerre, venaient se refaire une santé à la campagne en aidant les familles dont le chef se trouvait en captivité, dans les travaux des champs. Pour nous, c'était un certain André HAMON. Car nous sommes en pleine guerre - la deuxième, bien sûr ! -; j'ai environ quatre ans et p'pa est alors prisonnier dans les brouillards poméraniens, au stalag II D, à Stargard près de Stettin. Personne d'autre devant la maison, une maison banale comme on peut le voir. Elle date de 1880 seulement. Car un gigantesque incendie a détruit toute cette lignée de maisons mitoyennes à l'automne de 1876. Les familles sinistrées, en attendant la reconstruction, se sont réfugiées chez des parents; mon arrière-grand-père Joseph partit travailler à Paris chez de lointains parents et mon grand-père Evariste naquit à la ferme de Derrière la Roche. La porte de l'écurie, puis celle de la grange, enfin l'entrée flanquée de deux pruniers dont les fruits, victimes de ma voracité, n'avaient jamais le temps de mûrir. Deux fenêtres à l'étage : c'est là que je dors, dans la chambre qu'occupe m'man, bien triste et bien courageuse en ces longues années de solitude.
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M'man, la voilà justement, avec la marraine ( c'est-à-dire : ma grand-mère, car chez nous toutes les grands-mères étaient des marraines ). C'est un miracle que cette dernière se soit laissé photographier; c'est d'ailleurs le seul cliché que je possède d'elle. Mais je pense qu'elle l'a fait afin d'envoyer la photo à ses deux fils prisonniers, p'pa et mon tonton André. Elle est toujours vêtue de noir, comme ces veuves des Cévennes dont parle si bien Jean Pierre Chabrol. Car veuve, elle l'est depuis 1919 : mon grand-père, tombé gravement malade ssur le front, put quand même revenir mourir près des siens, laissant deux garçons de onze et neuf ans. Sous la direction de cette femme énergique, ils vont alors s'aharner à faire que survive la petite exploitation familiale. Et ils réussiront. Quant à m'man, elle est venue du Brey en 1936, à son mariage. L'année suivante naissait une petite Odile qui ne fit qu'un petit tour puisqu'elle mourra l'année suivante. J'arrivai sur la Combille dans l'hiver 1939, ce qui fait que je n'avais que quelques mois quand p'pa fut capturé, avec son frère André, à Souesmes, dans le joli pays de Sologne. SUITE
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