Les CORDIER
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La famille de Paul CORDIER Pour accompagner les "Souvenirs" de Bernard CORDIER, nous avons demandé, par l'entremise d'Anne Marie DENISET des Antoines, à un ancien de Chapelle de nous parler de la famille CORDIER, de cette famille qui est maintenant éteinte. Guy PAGNIER, âgé maintenant de 82 ans, a rédigé le texte ci-dessous, dont on appréciera la qualité. Qu'il en soit, du fond du coeur, remercié ! Je sais que, depuis longtemps, il met par écrit ses souvenirs et je ne désespère pas de les voir un jour sur ce site; ce serait un témoignage du plus haut intérêt sur la vie passée des montagnards dans ce qui fut autrefois la seigneurie du Chastelblanc. "La famille Paul CORDIER CORDIER PAUL Joseph Omer, né le 2 juin 1859, de Séraphin Auguste et de Marie ALOSIE POUX-BERTHE, marié à Aline BOURGEOIS-PHILIPPET de Châtelblanc (fille de Joseph léon et de Marie BERTHET) le 18 novembre 1902. Lui a 43 ans, elle 29. Paul CORDIER était assez fort physiquement, il était principalement fabricant de seilles (greillier). Il n'était guère attiré par l'élevage mais fauchait bien. Dans sa jeunesse, il fut attiré par la vie monastique, mais dut rentrer chez lui pour cause de fragilité. Il décéda à l'âge de 89 ans. Aline, décédée en août 1957, était employée, bonne à tout faire chez Charles BOURGEOIS-SEIGNON, à la maison voisine de chez Paul CORDIER. Leurs enfants : JOSEPH : né le 9 février 1904. Se fait remarquer à l'école pour son intérêt pour l'étude et ses progrès rapides. Il entra au séminaire très jeune où il donna satisfaction pour ses progrès. Il persévéra jusqu'au moment de recevoir les ordres majeurs, mais sa fragilité nerveuse ne lui permit pas de devenir prêtre. Il passa sa vie comme professeur et surveillant dans les écoles privées. Il mourut subitement en 1970. MARIE : née le 13 août 1905. Je ne sais rien de son enfance. Elle fut employée chez le docteur BARON à Dijon où elle devint une excellente cuisinière. Ensuite elle devint aide aux prêtres jusqu'à sa retraite où elle exploita la petite ferme familiale avec son frère René. Marie était très forte physiquement et les travaux les plus durs de la ferme ne la rebutaient pas jusqu'à un âge avancé. Elle décéda à la maison de retraite à Mouthe en 1987. DONALIE : née le 8 septembre 1907. Etait une personne plutôt maladive, vivant beaucoup à l'intérieur, s'occupant du ménage, de couture, de tricot. Humble et dévouée; ne pouvant chanter, elle faisait fonctionner le soufflet de l'orgue à l'église. De son enfance, je sais que, petite bergère, elle passa une journée entière sous la pluie froide et y gagna une maladie pulmonaire qui ne guérit jamais tout à fait. Elle s'éteignit presque subitement à Chapelle en 1972. SERAPHIN : né le 5 septembre 1909. Très bon élève à l'école, très bon musicien à la contrebasse. Serviable, il se vit très tôt confier des responsabilités : syndicat agricole, assurances mutuelles, chorale; toutes charges accomplies bénévolement. Il faut savoir que pendant la guerre il prit parfois des risques insensés pour obtenir des céréales de semence : blé, orge, avoine, grâce à sa position de responsable du syndicat agricole; en réalité ces marchandises étaient partagées entre les habitants, moulues clandestinement au moulin des Creux et devenues un précieux supplément à nos minces rations de pain. Je cite ce fait comme exemple, il y en aurait d'autres. Séraphin, toujours d'un calme imperturbable, sa parole douce et posée, sans jamais élever la voix, mettait en confiance son interlocuteur. De connivence avec le meunier Jean BLONDEAU, débrouillard pour enlever le scellé du moulin délicatement, pour pouvoir le replacer ensuite, etc, cadrait tout à fait avec l'audace de Séraphin. Deux personnages qui ont joué leur rôle; merci à eux. Dans la famille CORDIER, tous les hommes travaillaient aux seilles. En 1936, elle quitta sa petite ferme pour s'installer à celle du gros Nondance, tous étaient là sauf Marie. 1945, la guerre finie, il faut reconstruire, il faut des bois. Séraphin pense saisir une opportunité : ouvrir une scierie avec Jean BLONDEAU aux Creux, en utilisant la force de l'eau. Un châssis est installé en 1947 (l'électricité n'arrivera qu'en 1949). La petite scierie fonctionna cinq ou six ans. Séraphin qui habitait maintenant le village et vivait seul n'a jamais arrêté de faire des seilles, dans les hivers surtout. Il inventa de nouveaux modèles, miniatures, jusqu'au petit sucrier. Tant qu'il put, il participa aux fêtes du Haut-Jura pour faire connaître ses modèles. Son grand désir était de voir un jeune monter un atelier de fabrication de petits objets en bois et de garder le savoir des anciens greillers fabricants de seilles, ici à Chapelle des Bois. Séraphin aurait souhaité fonder une famille, ce qui ne se réalisa pas. Il a travaillé jusqu'au bout sans faire de fortune. Il a terminé sa vie active en travaillant à l'atelier de lunettes à Chapelle. Il a été donneur de sang bien avant les autres, ici même. Décédé à la maison de retraite de Mouthe vers les années 1970. Généreux et serviable, il laisse le plus bel exemple. Merci à toi, Séraphin. BERNARD : né le 28 avril 1912.Elève brillant à l'école, ses instituteurs sollicitaient ses parents pour le faire instruire, s'engageant à trouver de quoi payer les études, pour faire de cet élève si doué un instituteur ou professeur. Dès l'âge de treize ans, sorti de l'école, il devint vite un bon musicien à la fanfare. Il fut reçu avec la mention Bien à l'examen de son entrée à la musique de son régiment (le 60e RI à Besançon). Bernard fut l'un des meilleurs éléments dans la troupe théâtrale; un grand rôle de détective lui allait aussi bien que le plus comique dans la dernière saynette ou autre monologue. Bernard aimait la rencontre, de caractère sociable, jovial, travailler en équipe, organiser les battages dans les fermes où la journée se terminait souvent en petite fête. Il était aussi organisateur des concours de ski. En 1951, au départ de la ferme du Gros-Nondance, il entra aux services du contrôle laitier où il fut tout de suite apprécié partout où il passa. Il relança même une société de musique en sommeil, en formant des jeunes musiciens et prit la direction, il en avait les capacités. Il aimait le jeu, il fut le dernier avec notre père à jouer parfois au piquet, jeu très intéressant. Il devint un champion au jeu du scrabble, pendant sa retraite à Pontarlier; il avait un vocabulaire très développé, sans doute grâce au dictionnaire. Bernard passa des années de douce retraite, sa santé solide, sans grandes infirmités. Il décéda en 2001 à 89 ans à la maison de retraite de Pontarlier. RENE : né le 12 mars 1919, dernier enfant de la famille. Contrairement à ses frères et soeurs, tous d'une taille au-dessus de la moyenne, René était resté petit et chétif. Il faisait les travaux légers à la ferme et s'occupait aux seilles. Lui aussi était musicien. Au théâtre, il était un comédien apprécié et applaudi. Il finit sa vie comme son frère Bernard, à la maison de retraite de Pontarlier et décéda en 2002. Les six frères et soeurs CORDIER étaient doués de vive intelligence; seul René n'alla pas au Certicat d'études; mais comme les autres il se passionnait à étudier le dictionnaire, toujours ouvert devant la fenêtre. La famille était pauvre et, sauf Joseph et René, les autres devinrent bergers, bergères dès huit ans et ne rentraient à l'école qu'après la Toussaint. Excepté leur belle mémoire, ces enfants CORDIER avaient juste le nécessaire mais ils se trouvaient dans une bonne ambiance familiale de foi chrétienne, de respect, d'amour du travail bien fait, de serviabilité. La famille CORDIER est éteinte. Gardons sa mémoire! G.V.P. Février 2006."
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