Les BOURGEOIS
Les BOURGEOIS L’HOTE Deux procès verbaux où il est question de Alexandre Joseph BOURGEOIS (l’HOTE) 1) Le 19 vendémiaire an 5 (10 octobre 1796) " Département du Doubs, canton de Mouthe, commune de Chatelblanc Nous soussigné agent et adjoint de la commune de Chatelblanc certifions que le citoyen Alexandre Joseph BOURGEOIS l'aîné, ancien militaire, de cette commune, nous a déclaré vouloir conduire au pays bas la quantité de douze pièces de fromage provenant de son cru et une petite seille remplie de beurre provenant aussi de son cru et du fruit de son bétail, lesquels il se propose y échanger ou vendre contre du grain pour l'amener à son domicile pour l'entretien de sa famille composée de six personnes qui se trouveront au premier brumaire prochain au dépourvu, prions ceux qui sont à prier de laisser passer librement ledit BOURGEOIS en se conformant à lois, à charge par lui de nous conster de son arrivée et décharge desdits grains, à vue de ses besoins lui avons délivré le présent audit Chatelblanc le 19 vendémiaire an V de la République Française,(...)". (Archives communales de Châtelblanc). La famille d'Alexandre JOSEPH était pauvre : c'étaient des manouvriers, des journaliers. Et pourtant, il faisait partie de la bonne dizaine de cultivateurs qui avaient un cheval sous la révolution ! Le 30 juin 1794, des commissaires sont venus de Pontarlier pour trouver de l'avoine, il faut ravitailler nos armées. Ils font le tour des fermes et réussissent à trouver 1098 livres de grain qu'il faut expédier sur le champ à Besançon. C'est Alexandre Joseph BOURGEOIS dit L'Hôte qui est chargé du transport. Mais il est obligé d'abandonner sa voiture et de la déposer à Salins chez un aubergiste, "à cause de la maladie de son cheval". Le 25 juillet, c'est Alexandre Joseph BOURGEOIS dit DESSUS (eh oui, cette homonymie nous pose des problèmes...), voiturier de métier, qui va charger cette avoine à Salins et la mener à Besançon. Qu'est devenu le cheval de L'HOTE ? La maison des HÔTE était au pied de la Roche, à gauche de la route qui va sur Foncine (un peu avant la croix de fer qui se dresse à cet endroit). Or, dans le rendu des comptes d'échevinage, mis en audition le 23 novembre 1790, on mentionne une diminution d'imposition pour "Joseph BOURGEOIS à raison de sa maison écrasée par les neiges". Ces comptes étaient en fait ceux de 1789. On peut penser qu'une avalanche descendue de la Roche écrasa la maison dans l'hiver 1788-1789, plutôt que dans l'hiver suivant. D'ailleurs, dans l'imposition principale de 1790, Alexandre Joseph ne paiera que six sols "pour jardin". En 1847, on mentionne un clos à cet endroit appelé "le chasal des Hôte(s)". 2) Du 9 prairial an VII (28 mai 1799) "Je soussigné Claude François GRIFFOND adjoint de Chatelblanc pour absence de l'agent municipal de la commune, ce présent jour à une heure de relevée je suis été averti par le citoyen François Joseph GRIFFOND (les GRIFFOND BOITIER construisirent à peu près à cette époque une grosse bâtisse - la maison chez LANGEL actuellement - dans laquelle on verra une boulangerie et un cabaret dans la première moitié du XIXe siècle. Ils sont alors de proches voisins des HÔTE) qu'il existait actuellement du côté de vent de l'ancienne maison du citoyen Alexandre Joseph BOURGEOIS ancien militaire (cette dernière mention est bien pratique pour le différencier de son homonyme Alexandre Joseph BOURGEOIS dit DESSUS de la Combille, voiturier) deux petits monceaux de terre écorchée allumés de feux. Sur le champ, moi ledit adjoint, muni de la loi du 6 octobre 1791 relative à la police rurale, je me suis de suite transporté sur les lieux indiqués, où y étant lieudit au bout dessous du village, j'ai trouvé deux petits tas de terre écorchée et allumés de feux presque tout brûlés, comme il se pratique ordinairement dans les finages pour l'engrais des semailles, lesquels deux petits tas de terre écorchée étoient placés sur un petit jardin appartenant audit citoyen BOURGEOIS, situé au joignant de vers vent de l'ancien chasal de sa maison lequel est encore actuellement rempli de quantité de bois écaré provenant d'une partie de la carcasse de la maison, avec plusieurs tas de vieilles planches et ancelles pourries et éparpillées au large dudit chasal, lesquels bois proviennent tous de ladite maison qui a tombé antérieurement à ce, et lesdits deux petits tas de terre n'étoient éloignés de l'ancien fondement de la muraille de vers vent dudit chasal que de la distance l'un de 8 pieds 8 pouces, l'autre 9 pieds et environ 6 pouces (Claude François GRIFFOND FANFELIN, tanneur de profession, qui sera plus tard maire de la commune, a toujours été un homme très précis, très tâtillon), dont il s'ensuit que la muraille qui étoit antérieurement montée sur ledit fondement est tombée depuis plusieurs années et les pierres qui en proviennent se sont élargies des deux côtés lesquels sont parsemés de petits morceaux de bois pourri. A la vue d'une affaire aussi étrange dangereuse que contraire à la sûreté du feu pour les maisons du village dont celle de PAGET n'en est éloignée que de 20 toises et que contraire à l'article 10 du titre 2 de ladite loi où il est dit : toute personne qui aura allumé du feu dans les champs plus près de 50 toises des maisons, bois, bruyères, vergers, haies, meules de grains, meules de foin et de paille, sera condamnée à une amende égale à la valeur de douze journées de travail et paiera en outre le dommage que le feu auroit occasionné. Le délinquant pourra de plus suivant les circonstances être condamné à la détention de police municipale. J'ai au même instant requis verbalement les citoyens François Joseph BESANCON et Alexis François PAGNIER, les deux plus proches voisins et garde nationale que j'ai trouvé et éteindre le feu, ce qu'ils ont de suite fait avec abondance d'eau qu'ils ont versée dessus et ont observé avec moi les position, situation et dimensions ci-devant rappelées. Ensuite nous avons entré chez le citoyen Ignace Joseph BLONDEAU-TOINY, maison la plus près de ceux qui sont habitées (maison dite chez Clovis) pour le requérir de faire garde si rien ne s'allumait, où nous n'avons trouvé que sa femme et sa fille et les ai requises verbalement de se prendre garde que rien ne s'allume dans ledit chasal et aux accôtés, mais alternativement sans désemparer jusqu'à la nuit, ce qu'elles ont volontairement promis, mais ladite femme BLONDEAU nous a observé qu'll' craignait ledit BOURGEOIS qu'il ne dise que c'étoit elle qui m'avoit averti, qu'il étoit à craindre, d'autant qu'un jour en automne dernier il lui avoit dit bien des injures et qu'il falloit qu'il leur rase leur maison. Ces menaces jointes à l'action mentionnée au présent procès-verbal font augurer de mauvaise conjoncture contre ledit BOURGEOIS et mérite l'attention du tribunal de police. Cela étant fait, j'ai vu venir ledit citoyen BOURGEOIS du côté de Foncine et l'ai attendu un instant, lui ai demandé pourquoi il faisoit ou laissoit brûler des écorçures de terre de son jardin au joignant de son chasal de maison qui est rempli de vieux bois, que cela étoit trop dangereux du feu que je venois de les faire éteindre, sur quoi il m'a répondu qu'il voyait bien qu'on lui en vouloit, que cela ne risuoit rien. Je lui ai répondu qu'il se trompoit, qu'on étoit obligé comme fonctionnaires publics de surveiller la sûreté publique, que la loi étoit parlante et lui ai fait lecture de l'article 10 de ladite loi ci-devant citée, à la vue de quoi l'on s'est retiré pour dresser le présent procès-verbal (...)". (Archives communales). J'ignore où la famille s'est réfugiée après la destruction de leur maison.
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