Les malheurs des temps....
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Les épizooties (suite) Narration détaillée de l’épizootie de 1781 Le 3 août 1778, les autorités de la communauté de Foncine, dans un acte officiel, disent " qu'il y a présentement dans le village de Chatelblanc un soupçon d'une espèce d'épidémie sur le bétail rouge". On devra s'assurer du fait, et dans l'affirmative " faire aux habitants dudit Chatelblanc incessamment une barre à avoir à retenir leur bétail à l'avenir devers eux et de ne le point laisser approcher les limites d'entre eux et lesdits habitants". Voilà, on est avertis; on pourra toujours, dans l'avenir, protester de son droit et exiger dépens, dommages et intérêts si nécessaire! Le 1er octobre 1778, ce sont les autorités de la seigneurie de Mouthe qui réagissent dans un acte qu'ils communiqueront aux échevins des localités environnantes. " L'on sait - disent-ils - à n'en pas douter qu'il a régné sur le bétail du Chatelblanc une épidémie dont il en est péri un nombre assez considérable". Je n'ai, pour ma part retrouvé aucun document mentionnant une telle hécatombe; j'ai seulement : 70 bêtes atteintes (sur 4 à 500) chez 10 particuliers. Aucun chiffre ne mentionne le nombre de bêtes qui ont péri. On demande donc d'empêcher toute contamination - puisque Mouthe est jusqu'ici épargné - avec les seigneuries voisines. On ne tolèrera pas, nottament, qu'à la petite foire du 8 octobre à Mouthe, l'on y amène du bétail étranger. 3 ans plus tard, on inverse les rôles. Le 14 mai 1781, on est chez le procureur d'office de la seigneurie : Alexandre Joseph MICHAUD-PIPE demeurant aux Côtes sur Chaux-Neuve. Il y a là l'échevin de Chatelblanc qui est pour lors Alexandre François PROST fermier à la Vernouge. On est informé " que pendant le courant de l'hiver dernier il s'est manifesté dans le village dudit Mouthe une épizootie ou contagion si dangereuse qur les bêtes bovines que les habitants dudit lieu ont été forcés de prendre les précautions en pareil cas nécessaires et surtout de faire interdire audiot Mouthe la communication dudit bétail pour empêcher les progrès de cette contagion qui ne paroit pas encore éteinte puisque les habitants dudit lieu n'ont pas encore jugé à propos de faire lever ladite interdiction". Or, on apprend que Pierre Antoine VUEZ de Mouthe se propose de faire conduire son bétail à une des fermes de la Landoz qu'il possède sur le territoire de Châtelblanc. Les voisins qui tiennent à ferme l'autre Landoz, RATTE et BICHET du Bief des Maisons, craignent pour leur bétail et sont à l'origine du présent acte qui interdit le transport des bêtes de VUEZ jusqu'à ce que ce dernier soit muni d'un certificat attestant qu'elles sont saines. Si VUEZ s'obstine, on menace " de renfermer ledit bétail dans ses écuries, du moins de le faire retirer s'il est possible à la distance portée par les arrêts et règlements". Si la contagion se communique par sa faute, il sera poursuivi avec la plus extrême rigueur. C'est Alexandre LHOMME, sergent maire de la seigneurie de Châtelblanc qui est chargé de porter l'acte chez VUEZ, mais il n'a trouvé que la grand-mère! Le même jour au même lieu, on en a après Claude Joseph BESANCON-MATILLE dit RENAUD de Chaux-Neuve. Il a acheté, début mai, deux vaches à la foire de Rochejean, sans certificat légal constatant la santé des bêtes; au retour, il a même fait halte à Mouthe, où la communication des bêtes bovines est encore interdite. De plus, dans la nuit du 12 au 13 mai, il a conduit son bétail dans sa ferme de la Landoz. RATTE et BICHET, plus MICHAUD, un autre voisin, sont inquiets. On demande donc à l'imprudent BESANCON " d'avoir à retirer son bétail des limites d'entre son pâturage et ceux de ses voisins à la distance portée par les arrêts et règlements concernant la contagion du bétail et de, en conséquence, faire construite des barres et clôtures à ladite distance pour empêcher toute communication entre son troupeau et les leurs". Le 30 septembre de la même année 1781 (jour de la St Alexandre), on demande " aux habitants de toute la terre et seigneurie de Mouthe de retenir chez eux tout leur bétail rouge et de n'en amener ni produire aucun dans les foires prochaines de Foncine et de Chatelblanc ni partout ailleurs sur les territoires desdites communautés, attendu que lesdits bestiaux rouges (des gens de la seigneurie de Mouthe) sont atteints ou soupçonnés l'être de maladie épidémique ou de "mûrie" (...)", requête présentée par le sergent de la seigneurie, Pierre Etienne PAGNIER de la Chaux-Neuve, à un des échevins meuthiards, Claude Pierre COURVOISIER. J'ai relativement peu de documents sur les épizooties. Quelques indications éparses. Voici toutefois une lettre adressée à notre communauté par le subdélégué BOUSSON du bailliage de Pontarlier en décembre 1777. On se méfie ici d'une infection menaçant depuis l'Allemagne en passant par l'Alsace et la Suisse. Prendrait-on les mêmes précautions face à une infection qui menacerait depuis Foncine ou depuis la seigneurie de Mouthe ? " Je viens de recevoir, Messieurs, une lettre de M. L'intendant par laquelle il me donne avis qu'une maladie pestilentielle s'est manifestée à Vesheim en Suabe qui confine l'Alsace et la Suisse; il me donne les ordres les plus précis pour établir une chaîne dans les trois lieues limitrophes et règle toutes les dispositions qu'il convient de faire pour empêcher que cette contagion ne pénètre dans notre pays. Je vaius vous les tracer pour que vous vous y conformiez avec exactitude à la réception de ma lettre. 1° Vous formerez une patrouille à tour de rôle dans votre communauté de six hommes par jour qui, deux par deux se porteront sur la limite et particulièrement sur les chemins qui aboutissent à la Suisse, à l'effet d'empêcher toute communication, entrée ou introduction de gens qui ne seront pas porteurs de passeports ou certificats en bonne forme et authentiques justifiant qu'ils ne viennent pas de lieux suspects. Je vous charge également de ne laisser entrer aucune personne, à pied ou à cheval, voiture, ballot, marchandise et bestiaux de toute espèce et de les faire rétrograder jusque dans la Suisse à moins qu'ils ne produisent le sous-passeport que dans le doute vous ferez voir à des personnes instruites pour que vous ne soyez pas surpris, jusqu'à laquelle vérification vous vous opposerez à l'entrée des dites marchandises. La ligue ou patrouille que vous allez former correspondra avec les détachements des autres communautés voisines et ainsi de proche en proche sur toute la frontière de la Suisse, et chaque détachement ou patrouille se rendra compte mutuellement de ce qui se sera passé dans les endroits qu'elle aura parcourus. Les échevins et commis tiendront note exacte de ce que les patrouilles auront remarqué de jour ou de nuit et chaque dimanche ils me rendront compte du travail de la semaine. Les lettres qui me seront écrites à ce sujet seront remises à la brigade d'employés des fermes la plus prochaine qui me les fera parvenir sans retard. Vous sentez trop, messieurs, l'intérêt que nous avons tous à nous garantir de cette contagion pour omettre aucune des précautions que je vous indique; et si contre toute attente j'apprenois que vous négligez de faire de nuit ou de jour la patrouille que je vous ordonne, vous m'obligeriez à user à votre égard de la plus grande sévérité. Je charge même expressément toutes les communautés de me donner avis sur celles qui seroient refusantes ou des particuliers qui ne feront pas à leur tour cette patrouille afin que les uns et les autres soient punis suivant les circonstances. Au surplus je derai informé d'ailleurs de toute négligence de votre part tant par les employés des fermes que par les maréchaussées. Je suis très parfaitement, Messieurs, votre très humble et obéissant serviteur. La lutte contre la contagion BOUSSON". (L'adresse de la lettre était : "Messieurs les échevins et commissaires en exercice au Chatelblanc (quinze sols au porteur)" le tout scellé.
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