Les BROCARD
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LA CHAPELLE DES BROCARD (suite) Quelques éléments sur les chapelles de l’église de Chaux neuve
… une histoire de banc.
C'est aussi - poursuit le document - en vertu de ce droit de collation que Madame de FILAIN en qualité de fille et héritière unique de fut leddit sieur Antoine Joseph MICHAUD, docteur ès droits, écuyer, seigneur de Condamine et conseiller au Présidial de Lons le Saunier, fils aîné dudit testateur, a nommé à lad chapelle M. BOUDRET chanoine de la Métropole de Besançon (…) ".
Ainsi donc, en 1760, le droit de collation est arrivé à Claude Françoise MICHAUD, fille d'Antoine Joseph et donc petite fille du premier collateur : Claude François MICHAUD, notaire, époux de Jeanne Arbelz en deuxièmes noces, mort entre le 13 décembre 1692 (date de son testament) et le 18 février 1693 (date de la publication de ce testament) et qui demande à être inhumé dans cette chapelle des BROCARD. Claude Françoise MICHAUD (devenue Mme de FILAIN) a nommé chapelain titulaire de la chapelle M. le chanoine BOUDRET.
Or, à Chaux neuve, les MICHAUD, cousins de Mme de FILAIN, et descendants eux-mêmes es co-dotateurs de 1666, voudraient bien un banc dans la chapelle de la Sainte-Croix, appelée communément : chapelle des BROCARD. Forte de son droit de collation, Mme de FILAIN permet, le 15 février 1764, à son cousin, le greffier Claude François MICHAUD de Chaux Neuve de faire poser un banc à la chapelle des BROCARD, pour lui et sa famille. Ce banc, fabriqué (eh oui, nous avons le détail !) par Joseph MONNIER-BENOIT, maître menuisier au Bas de Ville, fut livré en janvier 1768. En frêne, il a coûté 11 livres au greffier qu'il paya, à savoir : 30 sols d'arrhes à la foire de Châtelblanc le 15 octobre 1767 et les 9 livres 10 sols restants à la livraison en janvier 1768. Avec promesse par MONNIER-BENOIT d'aller monter et poser le banc si le sieur MICHAUD l'exige.
Mais tout n'est pas si simple !...
Le vicaire de Chaux neuve, pour lors l'abbé BAUD, a fait placer, une dizaine d'années plus tôt "de son autorité propre et sans permission " un banc dans ladite chapelle, pour ses gouvernantes (sans doute sa mère et sa sœur). Cela ne plaît pas aux MICHAUD, d'autant " qu'il y a encore un autre particulier qui postérieurement y en a encore placé un autre sans la moindre apparence de droit, c'est pourquoi il est fâcheux pour nous qui avons droit d'inhumation dans la chapelle, qui sommes fondés sur le consentement de Mme la collatrice pour un banc et notre famille étant d'ailleurs nombreuse, d'y voir placer des étrangers à notre exclusion ". Et de se demander qui a bien pu autoriser BAUD à placer ce banc.
A-t-il eu l'agrément du curé de Mouthe dont dépend le vicariat en chef de Chaux neuve ? A-t-il eu une permission du chanoine BOUDRET, titulaire de ladite chapelle, " duquel il (BAUD) perçoit les revenus et à la décharge duquel il dit peut-être les messes fondées en icelle, où l'on ne célèbre plus la messe depuis plus de quinze ans parce que l'autel est en trop mauvais état et mal décoré " ? Consulté début 1764, le chanoine BOUDRET a répondu à Mme de FILAIN " qu'il ne pouvait donner aucune permission parce que la chapelle est la nef de l'église (…) Il faut attendre l'arrivée de Mgr l'Archevêque qui seul peut donner cette permission puisque la chapelle est du corps de l'église " et non " bâtie retirée de la nef collatérale ". Les MICHAUD tiennent M. BOUDRET en piètre estime : " puisqu'il est si gracieux, je serois mortifié de lui avoir des obligations ; à la vérité il ne nous devoit pas cette grâce mais je n'aurois pas imaginé qu'il eût été assez ingrat pour le refuser à Mme de FILAIN qui l'a nommé à ce bénéfice et qui est par conséquent sa bienfaitrice ". Le vicaire BAUD, prend-il prétexte du fait que la chapelle " fait partie de la nef collatérale et qu'elle n'est point reculée ni fermée comme l'on en voit ailleurs” ? Cette disposition particulière pourrait-elle suffire à ôter aux MICHAUD seuls le droit d'y placer un banc, la chapelle n'étant plus alors qu'un morceau de surface de l'église proprement dite ? D'ailleurs, quand on répara le toit de l'église, il y a une dizaine d'années, celui de la chapelle l'a été en même temps, et pas aux frais des MICHAUD. La situation paraît bloquée. Toutefois, pensent les MICHAUD - et ils l'écrivent - "si Mad de FILAIN veut bien avoir la bonté de prêter son nom, nous ferons à nos frais la poursuite de cette affaire ; l'on commencera par donner une sommation aud sieur BAUD et à l'autre particulier qui y a placé un banc, d'avoir à les ôter ou de justifier de leurs droits, etc. Il paroit incontestable qu'elle peut les y obliger ; après quoi l'on pourroit y en placer un, ils ne pourroient pas objecter qu'il nuisoit au service divin ni aux paroissiens puisqu'il y en avoit précédemment ; s'ils ne défèrent pas à la sommation, pour lors l'on se pourvoiera au nom de la dame et toujours à nos frais pour être maintenus et gardés dans le patronage de ladite chapelle et dans la jouissance du droit de banc et autres en résultant ; les défendeurs condamnés à enlever leurs bancs et condamnés aux dommages et intérêts ressentis de leur trouble. Lors ce sera du moins une satisfaction de n'y en point voir d'autre si nous n'en pouvons point placer (…) ".
Mais les MICHAUD sont pessimistes. "S'il nous faut l'agrément de M. notre vicaire pour le banc en question, il faut se résoudre d'avance à n'y en point placer parce qu'il ne nous veut pas assez de bien pour cela et c'est ce qu'il pouvoit arriver de pis de lui avoir donné connoissance des mesures que l'on prenoit à ce sujet ". Dans le même temps - par tactique peut-être - les MICHAUD entreprennent quelques réparations à la chapelle : il s'agit peut-être de montrer sa bonne volonté et de prouver qu'on est bien propriétaire de cette chapelle :
- en 1767, on a rétabli les vitres et rétabli le plancher.
- En 1769, " on a placé sur l'autel un tapis d'indienne à fleurs et carreaux jaune et rouge mis sur le vieux étoffe verte tout troué ". Coût 4 livres. Mais ce tapis sera volé quelques années plus tard, en même temps que le tapis de l'autel du St Esprit : " on a soupçonné une folle femme de François Joseph POUX LANDRY de la Chapelle des Bois qu'on a vu à la Chaux neuve en ce temps et qui a déjà fait d'autres sottises ".
- En 1769 encore, on a " mis en couleur, marbrée et autres, avec du vernis, le retable de l'autel de la chapelle de la Croix ". Et Alexandre MICHAUD NERARD, menuisier, reçoit 28 sols du Greffier pour le devant d'autel en bois qu'il a fait à la même chapelle.
- En 1772, Jean Claude BERTHET TISSOT, couvreur à Foncine, a bouché les gouttières de la chapelle.
Et voici un document qui fournit peut-être le dénouement de l'affaire du banc :
" Le 31 janvier 1768, mon cher père, avant de partir pour Pontarlier, alla au presbytère de la Chaux neuve avertir M. BAUD vicaire d'ôter le banc qu'il avoit fait placer depuis environ dix à douze ans à la chapelle de la Croix dudit lieu, ce qu'il promit de faire, comme en effet car le lendemain lundi 1er février, lorsque je fis conduire à l'église notre banc neuf fait au Bas de Ville, sur un traîneau par le fils aîné de P.A. BLONDEAU CLERC, environ les cinq heures du soir, led banc des gouvernantes dud BAUD n'y etoit plus ; ils l'avoient mis devant la petite chaire, au devant de ceux des BROCARD Jean Hugues où étoit avant la mission de 1755 celui de dame Jeanne ARBEL, veuve du sieur procureur MICHAUD, lequel avoit été mis dès lors en lad chapelle de la Croix par les héritiers de Cl MICHAUD FIDEY dit GRILLET du Folet qui disent avoir une cession dud banc par M. DUROZEL, on ôta ce dernier banc qui étoit à la chapelle de la Croix, on le plaça en arrière de la petite porte de l'église, à gauche en entrant, et on plaça le nôtre en lad chapelle où nous avons droit, à l'exclusion de tous autres tant par nos propres droits que par permission de Mme LE MICHAUD de CONDAMINE Marquise de FILAIN, collatrice actuelle de la chapelle. Le lendemain 2 février jour de la Chandeleur, je me suis placé à la messe et à vêpres ainsi que le jeudi suivant, le dimanche, etc. sans empêchement ".
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