Les malheurs des temps....
Le cimetière des pestiférés à Châtelblanc (localisation) Au sujet de la peste, Gérard LOUIS écrit (ouvrage cité, p.161) : " Ceux que le mal avait terrassés devaient être conduits sans délai aux cimetières des pestiférés où on les enterrait de nuit, parfois avec leurs habits, draps et autres linges (...) En règle générale les cimetières des pestiférés, baptisés souvent cimetières des bossus ou des infects, ou encore enclos St Roch, se situaient hors des murs, à distance suffisante des passages, à proximité des loges. Ils étaient utilisés lors de chaque épidémie et il y a de fortes probabilités pour que leur emplacement soit resté le même du XIVe au XVIIe siècle (...)". J'ai demandé aux anciens du village si, à leur connaissance, il y avait un cimetière des pestiférés sur la commune. Jeanne BLONDEAU ("chez l'Alexandre") en avait entendu parler et elle le pensait sur les Platières. Les Platières sont un replat de forme oblongue, situé en avant des "Rettes" (L'Erête, déformation de l'Arête). J'ai arpenté le lieu et ai découvert un endroit, à la limite du communal côté bise, jouxtant donc le communal de Chaux-Neuve, un semblant d'enclos, c'est-à-dire quelques pierres de dimensions variables disposées de telle façon qu'on pouvait supposer qu'autrefois elles avaient pu délimiter une espèce de carré ... C'est alors que je découvris chez un notaire un acte du 21 novembre 1773 : la Communauté de Châtelblanc se plaignait que Claude Joseph BESANCON-MATILLE de la Chaux-Neuve "de son autorité privée et indue a enlevé dans le courant de juin de l'année 1772 les murailles qui servaient de clôture au cimetière des pestiférés, vulgairement appelé tel, qui est situé sur le communal de la communauté du Chatelblanc appelé sur la Platière, ce qui porte un très grand préjudice auxdits habitants de Chatelblanc et même scandaleux à cause du bétail qui y entre pour paître". On demandait à ce BESANCON de rétablir au plus vite les murailles de ce cimetière. Fort de cette précision, je m'enquis auprès du docteur Salin de Mouthe de s'avoir s'il y avait quelque danger de réveiller le terrible bacille en faisant une petite recherche dans ce lieu. La réponse fut que je pouvais y aller sans crainte. Mais pas sans respect, car si ce lieu était retourné à l'état de communal, parsemé de bouses comme les environs, il n'en avait pas moins été, en ces périodes tragiques, un champ de repos pour les victimes de la peste. C'est pourquoi ma pioche ne fit qu'une petite entaille, suffisante toutefois pour découvrir qu'on atteignait, à une profondeur de quelques dizaines de centimètres, une coucle blanchâtre (sans doute de la chaux) avec de temps à autre des morceaux noirâtres de ce qui semblait être du charbon ... Et je refermai soigneusement le trou : oui, le cimetière des pestiférés était bien là. Un autre indice allait d'ailleurs dans ce sens : Lors des pélerinages à saint Alexandre, le 30 septembre de chaque année, on promenait les reliques du saint à travers le village. Mais c'était là un parcours court ! Dans les temps anciens, et sans doute jusqu'au début du XXe siècle - au moins pour les anniversaires de la première translation - la procession prenait la route du Roiselat (une carte postale le prouve d'ailleurs) et s'engageait sur les Platières. On y donnait même, de là-haut, une bénédiction, plusieurs témoignages y font allusion. Pourquoi allait-on sur les Platières - et non sur le Tartre, ou sur l'Erête par exemple - sinon, et c'est là ma conviction, pour honorer le souvenir de ce vieux cimetière perdu ?... La situation de ce cimetière, à la limite des deux communes, indique qu'il dut servir aux deux communautés qui ne formaient alors qu'une seule paroisse. S'il est maintenant sur le communal de Châtelblanc, c'est qu'il y eut, dans le dernier quart du XVIe siècle un réajustement des limites des deux communautés.
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