Les malheurs des temps....
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Le cimetière des pestiférés à Châtelblanc
L'année 1639, notamment dans sa première moitié, resta dans l'esprit de nos populations une référence pour les malheurs qu'elle leur apporta.
Ce fut d'une part le passage des troupes de Bernard de Saxe-Weimar, qu'on appela "les Suédois" (les Schwede), un terme réducteur si l'on sait qu'elles étaient formées de mercenaires de tout poil, parmi lesquels des bandes françaises engagées par Louis XIII et Richelieu. Ce fut ensuite, et concomittamment à la première, une épidémie de peste bubonique qui causa tant d'autres ravages dans nos montagnes.
Gérard LOUIS dans les Annexes de son remarquable ouvrage "La guerre de Dix Ans. 1634-1644" (Annales Littéraires de l'Université de Franche Comté. N° 651. 1998) cite parmi les "villes et villages dévastés pendant la guerre de Dix Ans" (p. 333) : La Chaux-Neuve et Châtelblanc. On peut s'étonner de n'y point trouver le troisième village de la seigneurie : Champion (qui deviendra plus tard : Chapelle des Bois). C'est qu'il n'existait pas alors en tant que communauté autonome, puisque rattaché pour moitié à la communauté de Châtelblanc, et pour l'autre à celle de Chaux-Neuve.
L'abbé léon BOURGEOIS-MOINE, dans son manuscrit rédigé dans la deuxième moitié du XIXe siècle, qu'on appelle communément "Le livre de Chapelle", consacre un chapitre (le VIIIe) à "linvasion des Suédois. 1639", dont j'extrais quelques lignes :
"Mouthe, Chaux-Neuve, Chatelblanc, Foncine, Morbief étaient ravagés par les troupes du marquis de Turlat et du duc de Roquesevieux. Les deux corps alliés se rencontrèrent plus d'une fois sur le plateau de Chapelle des Bois et de Bellefontaine, en sorte que ces deux villages n'eurent pas moins à souffrir que les autres.
" La tradition rapporte qu'une femme BLONDEAU des Prés-Hauts, surprise par quelques-uns de ces bandits fut massacrée après avoir reçu les derniers outrages (...) Tout devint la proie des flammes; sous la conduite du lieutenant Vitalis dont l'histoire nous a conservé le nom, ces barbares ne laissèrent debout que trois ou quatre maisons (...) à Combe des Cives, les maisons en ruine n°3 et 8 (d'après le schéma donné par l'abbé). La maison n°3 fut épargnée parce qu'elle se trouva tellement envahie par les neiges que les soldats de purent aborder. La maison n°8 aurait été épargnée parce que le propriétaire, Claude GUYE, aurait donné au lieutenant Vitalis qui le traitait de paysan des renseignements sur le pays et ses habitants; depuis cette époque, les GUY de cette famille auraient été désignés sous le nom de GUY-PAYSAN. Deux autres maisons, l'une n°4 à la Norbière, l'autre n°4 aux Mortes, auront également été préservées ainsi que l'église. Quant au nombre des personnes mortes de la peste à Chapelle des Bois, on ne saurait le connaître exactement, car nous ne connaissons parmi les pestiférés que le nom de Claude POUX; mais évidemment qu'il y en eut d'autres encore, une quinzaine peut-être (...)".
Les dépouillements que j'ai effectués aux archives communales et à celles du presbytère de Châtelblanc ne m'ont apporté aucune précision, aucun détail sur ces tristes événements. Quelques traces en revanche dans l'étude des actes établis par les notaires de Châtelblanc, de Chaux-Neuve et de Mouthe. Il s'agit de mentions de "malheurs de guerres" dans quelques partages ou inventaires. C'est le cas pour des MICHAUD-PIRET et des GUYCHARD des Grands Abattois.
Les registres paroissiaux de Chaux-Neuve n'offrent pas de renseignements significatifs. Simplement, lorsqu'on établit certaines généalogies, on constate l'absence d'actes de naissance pour la période. Le père DOUDIER a étudié le problème pour Foncine le Haut dans son ouvrage "Les Francs-Comtois dans la tourmente". Il a pu établir qu'un certain nombre de familles sont parties dans des régions de refuge, telles que la Savoie ou la Suisse. C'est ainsi qu'un de mes ancêtres, Antoine MICHAUD-NERARD de la Chaux-Neuve se retrouva dans le Valais. Il prit femme dans la paroisse du Val d'Illier (FAULG ou de FAULG), s'établit un certain temps à Champery avant de revenir en Comté avec une tribu d'enfants tous nés là-bas.
Les registres paroissiaux ne donnent aucun décès avant 1685 si bien qu'il semble impossible d'établir une comptabilité des victimes, soit des "Suédois", soit de la peste.
Le cimetière des pestiférés (localisation)
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Le cimetière des pestiférés (localisation)
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