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Le village sous haute surveillance (Suite)
La visite des fours, cheminées et lanternes se faisait en principe une fois par an. Le maire accompagnait souvent le ramoneur et son petit domestique pour cette tournée dont on faisait un compte-rendu en signalant les anomalies rencontrées. Ainsi en 1831 : "Aux Entrecôtes chez la Marie Anne GUYE-COICHARD il n'y avait point de lanterne. Ils ont dit qu'ils s'en procureraient une au plus tôt. C'est une petite famille qui n'ont je crois qu'une vache... Dans le village nous avons trouvé les fours et cheminées ainsi que les lanternes en règle, ayant râclé (le ramoneur était alors le "râcleur") les cheminées qui en avaient besoin, mais il se trouve chez François Joseph BOURGEOIS dit JOJO qu'il faut qu'il y ait un coude au bout des tuyaux des fourneaux qui conduisent la fumée par le milieu de la cheminée du chauffe-panse du poêle qui est toute petite, et nous l'avons mis et il faut qu'il reste à raison que la cheminée est des plus petites."
Le maire GRIFFOND, conscient de ses responsabilités, ne ménageait pas ses peines pour surveiller sa commune... et rédiger des procès-verbaux souvent savoureux.
A titre d'exemple, voici ses notes, en date du 8 février 1827, pour un procès-verbal concernant un des cabaretiers : Pierre Alexandre BOURGEOIS-PHILIPPET. A l'époque, au village, nous avons deux cabarets : celui que tient en location BOURGEOIS-PHILIPPET, depuis au moins 1813, et qui deviendra par la suite le café "chez Charles"; et un autre tenu par Antoine Joseph PASTEUR. Ce dernier, cultivateur à Cernans dans le Jura, est venu vers 1815 au village, y a épousé une fille BOURGEOIS-ARMURIER. Son beau-père habitait déjà le groupe de maisons "chez Stylite"; il donna sans doute à son gendre un terrain en face de chez lui et ce dernier y construisit une maison où il tint cabaret jusque vers 1830. C'était "chez PICARD".
GRIFFOND faisait souvent des rondes pour voir si les deux cabaretiers ne donnaient pas à boire pendant les offices ou s'ils fermaient à l'heure convenue le soir. PASTEUR était toujours en règle, en revanche son concurrent était en permanence en infraction, ce qui irritait fort notre maire qui était intransigeant sur le respect des règlements.
"Le jeudi 8 février 1827, nous Claude François GRIFFOND, maire à Chatelblanc, étant à la recherche du coq du clocher que le vent avait emporté hier jour de grand orage, étant entré chez M. PRINCE instituteur, premièrement il m'a dit qu'il fallait me prendre garde, qu'il doutait qu'on eut fait au four ici près et qu'on n'aimerait pas perdre ici son petit butin. Deuxièmement de suite je me suis informé si on ne savait rien qu'est-ce qui a fait au four hier, Pierre Joseph BLONDEAU, ex-maréchal des logis m'a dit que la RUFE (RUFFEY de son nom) épouse de Pierre Alexandre BOURGEOIS-PHILIPPET cabaretier à ce lieu y avait fait et trois autres m'en a dit autant.
4° (...) François Joseph GRIFFOND BOITIER l'a dit et s'en souvient que les BOURGEOIS PHILIPPET avaient pris de la braise de four en charbon dans un tonneau en sapin à la cuisine de chez Jean Louis qu'il avait en possession où il faisait au four, cette braise ou charbon s'étant rallumée le tonneau a brûlé en partie, on m'est venu avertir, je suis allé regarder le lendemain au matin, j'ai trouvé le tonneau un peu brûlé, jugez quel danger. On croit qu'il y a environ sept à huit ans et son épouse Marguerite POUX-GUILLAUME m'a dit qu'elle était présente, que la flamme montait aux planches et qu'elle s'était aidée à éteindre.
5°. Indépendamment des deux procès-verbaux du 24 février 1821 et de celui du 28 décembre 1826 contre cette famille BOURGEOIS-PHILIPPET relatifs à la sûreté du feu et de ce qui est déjà dit ci-devant, j'ai vu moi-même il y a quelques années que Pierre lui-même donnait à manger à son cheval le soir ( le cabaretier était aussi voiturier) son chandelier la chandelle allumée dessus posé sur la grange sans lanterne.
6°. Plusieurs autres personnes du village m'ont dit qu'ils avaient vu ce Pierre BOURGEOIS-PHILIPPET à son écurie dans la sauche de son pourque tenant sa chandelle allumée en arrangeant le lit de son porc.
7°. Mon frère du Cernois m'a dit qu'il y avait quelques années il avait vu du feu sur le maltract (fumier) dudit BOURGEOIS en passant dans le village.
8°. Jean BLONDEAU NATOIRE charpentier (des Serments) m'a dit la même chose
9°. Le 11 février courant, le sieur Pierre Joseph OUDET des Essarts, membre du Conseil et garde-forestier, a dit en présence de plusieurs membres du conseil qu'il avait vu aussi du feu dans des cendres de tourbes sur le maltract, il n'a pas dit dans quel temps c'était.
10°. Le 14 février courant 1727, la Françoise BOURGEOIS-ARMURIER épouse de François Alexandre BOURGEOIS-ARMURIER nous a dit en présence de M. L'adjoint qu'on ne parlait pas du feu qui s'était allumé à la chambre haute dit la pigeonnière (au 2e étage au-dessus de "chez Charles", donc au-dessus du cabaret tenu alors par BOURGEOIS-PHILIPPET. "Chez Charles ainsi que chez Clerc" appartenaient auparavant aux PAGNIER. "Chez Charles" était la seule maison du village à avoir deux étages) par une bassinoire après s'en être servi pour bassiner un lit il y a quelques années de cela, on se souvient que les voisins s'en plaignirent après coup fait.
La femme de l'adjoint m'a dit que c'était Georges VAUCHERET fruitier à ce lieu qui l'avait avertie le premier, que l'on sentait mal depuis le poêle où il était avec d'autres (donc au cabaret, au rez-de-chaussée), que des linges brûlèrent dans un tonneau, ce VAUCHERET me l'a dit aussi, il fallait qu'il y eût déjà bien du feu pour le sentir au travers de deux étages puisque c'était au 3e étage et que le poêle est au premier.
Le 16 du même mois, François Xavier BOURGEOIS dit DESSUS membre de notre conseil m'a dit qu'il y a environ quatre ou cinq ans, étant au poêle avec le garde-champêtre et d'autres, le feu avait pris à la platine qui était fermée, le feu avait pris à des linges et de suite ledit garde-champêtre les avait éteints et qu'il ne s'en était aperçu que lorsqu'il avait senti très mal. (ce garde-champêtre, Alexis Théodose GUYE avait tout intérêt à éteindre le feu car c'est lui qui possédait le rez-de chaussée de la maison, l'ayant racheté des PAGNIER; les deux étages, eux, appartenaient aux BOURGEOIS-ARMURIER)."
Qu'est-il advenu de cette enquête à charge ? Une amende sans doute, mais BOURGEOIS-PHILIPPET avait l'habitude !
Les malheurs des temps....
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