Les malheurs des temps....
Retraite des soldats de Bourbaki
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La guerre de 1870 à Châtelblanc : récit de la nuit du 31 janvier 1871 (extraits du rapport d’opérations du capitaine d’artillerie CAMPS en 1876).
Retour début du récit
(...) A l'entrée du petit chemin quelques paysans des environs répétaient tout le long de la colonne que les Prussiens étaient à Morez et barraient la route; qu'il n'y avait pas moyen de se faire jour et que le seul salut était de passer en Suisse dont le territoire n'était pas éloigné. Que faire ? Outre qu'il n'appartenait à aucun de nous de donner des ordres qui n'auraient probablement pas été exécutés, presque toutes les troupes étant déjà engagées dans le nouveau chemin. Je trouvai mes mulets qui ne pouvaient plus suivre la colonne dans la voie nouvelle où elle s'engageait (...) Je fis abandonner tout le matériel et, choisissant les mulets les moins épuisés, on les chargea de pièces et on s'achemina ainsi vers la Suisse. A mille mètres environ de la frontière se trouve une pauvre ferme dans laquelle je rencontrai le colonel MILLOT et un assez grand nombre d'officiers. Ils étaient tous réunis, debout, dans une cuisine enfumée, éclairée à peine par la flamme du foyer et un triste lampion. On causait naturellement de la position dans laquelle on se trouvait et j'appris ce qui s'était passé. Comme je l'ai dit, nous marchions un par un et, à peu près à la tête de la colonne était un chef de bataillon des Mobiles de Saône et Loire dont j'ai oublié le nom, quoique depuis il ait été bien souvent répété devant moi. Cet officier avait, un des premiers, rencontré les paysans qui faisaient circuler la fausse nouvelle de l'occupation de Morez par les Prussiens. Aux paysans s'étaient joints les soldats qui marchaient devant le chef de bataillon, et dont les forces physiques étaient à bout. Ils étaient tout naturellement portés à ajouter foi à ce qu'on leur annonçait et, comme toujours, les paysans assuraient être certains de ce qu'ils avançaient.
Le commandant avait été entraîné par l'opinion générale et, je ne dis pas qu'il en ait donné l'ordre, mais il s'était engagé personnellement dans le nouveau chemin qui n'était pas tracé, à la suite d'un guide qui s'était proposé et qui n'était autre que le maître d'école d'un village voisin, tous les hommes présents l'avaient suivi et le reste de la colonne avait pris machinalement le même chemin, croyant que ce changement de direction se faisait par ordre du commandant en chef. A quel moment le colonel MILLOT s'aperçut-il de ce changement ? Je ne le sais; mais ce dont je suis certain, c'est qu'il était sérieusement malade et bien abattu par la fatigue et que lorsque je l'ai rencontré dans la ferme, ni lui ni aucun officier n'a désapprouvé le mouvement qui avait été fait. La plupart de ceux qui étaient là n'auraient probablement pas pris sur eux de changer la marche de la colonne; le colonel MILLOT ne l'aurait peut-être pas ordonné s'il avait été en tête, mais chacun semblait concevoir ce qui avait été fait et l'excuser. Plus tard, et lorsqu'on a su ce qui se trouvait réellement devant nous, on est tombé, et avec raison, sur ce chef de bataillon; mais ce que je veux constater, c'est que personne ne l'a blâmé au moment où le fait s'est produit. (...) Suite du récit
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