Les malheurs des temps....
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La guerre de 1870-1871 La guerre de 1870 à Châtelblanc : récit de la nuit du 31 janvier 1871 (extraits du rapport d’opérations du capitaine d’artillerie CAMPS en 1876). " les troupes se mettaient en marche entre onze heures et minuit dans l'ordre déterminé par le colonel; mais quand la batterie de campagne voulut rompre le parc formé sur la place du village (Foncine le Haut), les chevaux ne purent pas seulement faire mouvoir les voitures. Dans une pareille situation je pris le parti d'abandonner les caissons et je fis atteler chaque pièce à huit chevaux. Mais ces pauvres animaux étaient encore tellement faibles qu'ils ne purent démarrer. Il fallut en venir aux moyens extrêmes. Abandonnant les affûts et les caissons et vidant complètement les coffres d'avant-train des pièces, je donnai l'ordre de brûler ces dernières sous les avant-train (...) La batterie put de la sorte s'acheminer vers Chaux-Neuve en gravissant avec peine, à la queue de la colonne, le chemin qui suit la gauche du ravin. Un magnifique clair de lune éclairait cette triste marche et, dans toutes les directions, nous faisait voir notre plus terrible ennemi : la neige. C'est ainsi que nous arrivâmes à Chaux-Neuve (...) La colonne continua sa route en prenant un chemin qui, vers la droite, devait nous conduire à Morez (...) Il était entre une heure et deux heures du matin quand nous nous trouvions à Chaux-Neuve; la lune était couchée. Une attaque des Prussiens n'était pas absolument à prévoir pendant une nuit ainsi noire et dans un pays couvert de neige et semé de précipices. Du reste, si elle avait eu lieu, elle aurait été bien plus désastreuse sur une colonne marchant dans un désordre inévitable (...) Le chemin n'avait pas été préparé par les habitants et aucun sillon n'y avait été fait depuis la dernière chute de neige. Cette neige était absolument gelée; elle se tassait sous le pied jusqu'à ce qu'elle fût en état de supporter le corps, en sorte qu'on ne savait pas l'épaisseur de neige qui séparait le dessous du pied de la terre ferme; on aurait pu marcher sur des précipices sans s'en douter. Cet enfoncement constant de la neige fatiguait énormément, aussi chacun le réduisait autant que possible en mettant les pieds au même endroit que celui qui le précédait. On était arrivé à marcher un à un et à d'assez grands intervalles, les excavations produites sous les pas successifs allaient en augmentant constamment jusqu'à une certaine profondeur où elles restaient stationnaires. Le chemin était alors frayé; mais quel chemin! Quelques-uns de ces trous avaient jusqu'à 0,80 mètre de profondeur; c'étaient de véritables trous de loups dans lesquels on tombait sans en voir les dimensions et desquels il fallait s'arracher à quatre pattes. (...) Si le chemin était à la rigueur praticable aux hommes, il n'en était pas de même pour les chevaux qui, ayant à soutenir un poids plus considérable, avaient une base plus étroite. Aussi leurs jambes enfonçaient-elles dans la neige jusqu'au sol de la route; et ce n'était qu'en enfonçant et en retirant successivement les jambes qu'ils pouvaient avancer de quelques centimètres à chaque pas. Les mulets de la batterie de montagne qui portaient leur fardeau sur le dos pouvaient marcher ainsi; mais les chevaux de la batterie de campagne furent impuissants à traîner leurs voitures. Les pièces, en effet, brêlées assez bas sous les avant-trains, étaient complètement dans la neige et offraient au tirage une résistance extraordinaire. La batterie fut forcée de s'arrêter en sortant de Chaux-Neuve et au commencement du nouveau chemin dans lequel on s'engageait.(...) J'ordonnai au lieutenant DARTEIN de couvrir les pièces de neige et de suivre la colonne avec les chevaux (...) Afin de ne pas être témoin de l'abandon de nos pièces, je prenais un chemin de traverse qui à cet endroit fait éviter une boucle de la route. Les chevaux haletants et rendus ne pouvaient pas aller bien loin, on les abandonna sur la route. (...) Je ne puis pas dire depuis combien de temps nous marchions ainsi, les yeux fixés sur le sol et ne voyant que les talons de celui qui nous précédait, lorsque en arrivant sur le plateau où la route est parallèle à la frontière, je m'aperçus tout à coup que la colonne tournait franchement à gauche et se dirigeait vers la Suisse en abandonnant la route. Que s'était-il passé ? Suite
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