Les malheurs des temps....
La guerre Soldats de Châtelblanc pendant la Révolution et l’Empire (suite et fin) L'occupation suisse en 1815 : L'empereur avait capitulé, la campagne de France était terminée et les occupants autrichiens étaient partis en juin 1814. Louis XVIII régnait et la vie avait repris son cours... Or, Napoléon qui s'est échappé de l'île d'Elbe débarque près de Fréjus le 1er mars 1815. Il reconquiert le pouvoir et commence alors pour l'Histoire la période des Cent-Jours. Dès le 13 mars, Napoléon est mis au ban de l'Europe : la guerre était inévitable. Elle se terminera à Waterloo le 18 juin 1815 et, le 22 de ce mois, Napoléon abdiquera en faveur de son fils. " Après Waterloo - écrit Jules MATHEZ - 24.000 Suisses, commandés par le comte d'AFFRY, envahirent la frontière et, le 7 juillet, investirent le fort de Joux. D'énormes réquisitions ordonnées par le commissaire des guerres SCHALK firent regretter les Autrichiens de 1814". D'énormes réquisitions, certes, et nous allons le voir, mais aussi des soldats suisses dans chaque village : ainsi Châtelblanc a logé et nourri 23 militaires, y compris l'officier, du canton de Neuchâtel, depuis le 31 juillet jusqu'au 12 août 1815; et 30 militaires, plus l'officier, du canton du Tessin, du 14 au 24 août. Ces derniers se déclarèrent "très contents des habitants de la commune"; L'instituteur d'alors, François-Xavier BOURGEOIS L'HOTE, lui, n'était pas content car les Suisses occupèrent son logement à la chambre de la classe. "Cette troupe a fait quitter 18 élèves qu'il enseignait, lui a fait beaucoup d'importunité pendant 24 jours et lui ont cassé plusieurs meubles dans cette chambre qui leur servait de corps de garde. Considérant qu'il convient d'indemniser l'instituteur du préjudice que la cessation de la classe lui a porté (c'était un manque à gagner pour lui qui était en grande partie rémunéré par la participation de chaque élève présent) d'autant qu'elle ne s'est pas remonté depuis lors (l'acte est du 30 octobre 1815) et de différents meubles cassés : une petite table, baromètre, peigne et canifle de prix élevé, sans parler de l'importunité qu'il ne demande pas, vu qu'il est à propos que chacun souffre d'une telle circonstance (...)". La commune lui rembourse 24 francs. Les réquisitions commencèrent en juillet 1815 et se succèdent à un rythme effréné. Le détail en montre l’ampleur. Le 6 juillet, réquisition de 3 vaches pour Pontarlier. "On les a achetées à François Alexandre BOURGEOIS ARMURIER pour 33 écus (100F), à Claude Ambroise GUYE (100F) et à " la Jeanne à PATITIE" (100F également, c'est la première fois qu'apparaît le nom de PATITIE). Alexandre Joseph BOURGEOIS fils de Pierre Louis, qui est allé livrer cette réquisition avec le petit "Jean Antoine chez POTAGE" (c'est la première fois qu'apparaît l'ajout POTAGE; Jean Antoine émigrera à Paris et un descendant fondera la maison de peintures "BOURGEOIS-Aîné", Jean Antoine étant bien l'aîné des fils d'Alexandre Joseph BOURGEOIS dit DESSUS, BOURGEOIS chez les FRERES, qui portera le premier l'ajout POTAGE), a payé de son argent 15F pour compléter cette viande. Le voyage a coûté 11F plus deux journées à Jean Antoine à 10 sols l'une." Le 10 juillet, à Sainte Marie pour dix heures du matin : 200 rations de pain de une livre et demie la ration, 200 rations de viande de 10 onces la ration, 200 rations de vin de un chauveau la ration, 10 livres de sel et un jambon. Le pain sera pris chez les habitants : cela va de 3 livres à 72 livres pour Jean Baptiste BLONDEAU-TOINY de la Combe. En ce qui concerne la viande, Jacques GRIFFOND-BOITIE en fournit 150 livres à 6 sols la livre, Jean Joseph JEANNIN-TENE des Essarts fournit 45 channes de vin à 1F la channe. Pierre Alexandre BOURGEOIS-PHILIPPET, cabaretier (emplacement "chez Charles") fournit le jambon, le tonneau et fait le voyage (11F). Il a dû aussi faire dîner "les bouchers de Labergement pour faire le marché de la viande qu'il a achetée pour cette réquisition, vu que celle du BOITIE n'a pas pu passer et a dépensé 2,5F." Le pain de cette réquisition a été cuit chez GRIFFOND-BOITIE et la farine a été prise chez Alexandre Joseph BOURGEOIS chez les FRERES (”POTAGE” n'était encore pas fixé)." Le 11 juillet pour Jougne : une vache, fournie par Claude Joseph BOURGEOIS 2 muids de vin, fourni par l'adjoint et par Alexandre Joseph BOURGEOIS-ARMURIER. 3 sacs de froment fourni par Pierre Paul BOURGEOIS dit DESSUS voiturier sur la Combille. 100 livres de fromage, pris au chalet (une pièce au maire et une à JEANNIN-TENE des Essarts). 3 sacs d'avoine fournie par Claude Ignace BOUVERET de la Cabouille. 4 channes d'eau de vieux16 quintaux de foin qu'Alexandre Joseph BOURGEOIS chez les FRERES - qui livrera la réquisition - achètera à Pontarlier "à raison de 3F le cent". Le 12 juillet "pour les troupes cantonnées aux Hôpitaux-Vieux" : 3 milliers de foin bien bottelés. "On a fait faucher le pré de l'église par le "petit ROI" (première mention), CRETIN et BOURGEOIS PHILIPPET, lequel a produit, je crois, 19 quintaux". Mme BROCARD (veuve du dernier tabellion de Châtelblanc), le Maire (Claude François GRIFFOND FANFELIN tanneur qui donne tous ces commentaires) et Claude Joseph BOURGEOIS( un BOURGEOIS dit DESSUS du Tartet) fournirent un certain nombre de bottes. Mais on n'a pas le compte et il faudra acheter ailleurs le complément." 100 mesures d'avoine, 4 quintaux de fromage. Il sera pris au chalet et chez des particuliers. 30 livres de chandelles "Fournies par Pierre Alexandre BOURGEOIS le REPUBLIQUE (première mention)" à 20 sols la livre "Jamais il ne les a voulu donner à moindre prix". 2 livres de café. 8 livres de sucre (fourni par Jean Baptiste BLONDEAU-TOINY de la Combe). 4 quintaux de farine d'orge, prise chez des particuliers à 3F la mesure. 2 quintaux de farine de froment, prise chez des particuliers et moulue aux Planches. 1 carré d'eau de vie. "Pierre Alexandre BOURGEOIS PHILIPPET le cabaretier en fournit 23 channes une pinte à 4F la channe" (le problème, avec toutes ces mesures anciennes, est qu'on ne sait pas leur valeur en mesures actuelles, d'autant plus que ça variait d'une région à l'autre!) 7 quintaux de vache sur pied. Les deux vaches ont été fournies par François Joseph BESANCON (138F) et par François Joseph GUYE-COICHARD des Pâquiers(138F). Il a fallu 8 voituriers pour la livraison : quatre voitures ont fait quatre journées et demie et quatre voitures ont fait huit journées et demie, à 7,5F par jour. Le 18 juillet "pour les ambulances qui doivent être établies à Pontarlier" : 4 couvertures, 2 paillasses assez larges pour deux hommes, 2 traversins, 4 chemises Il faut ajouter à cela deux boeufs ou vaches de 150 kg et 16 quintaux de foin. Le maire fournit deux chemises (7F) et Madame BROCARD les deux autres (6,5F). "Une couverte chez M. L'Abbé (VIEILLE) (6F), une petite mante chez Mme BROCARD (8F), une vieille petite mante chez Alexandre Joseph BLONDEAU-NATOIRE (4F), une couverte chez Jean Baptiste GRIFFOND (8,5F)". Ce dernier fournit aussi "deux casse-paille en toile neuve" (19F) et le maire deux traversins (4F). Le tout a été estimé par Marie Alexandrine GRIFFOND et Jeanne Marie MARIOTTE gouvernante de M. L'Abbé et les deux couturières. François Joseph BLONDEAU-TOINY de la Vernouge fournit une vache (141F) et Isidore François BLONDEAU-TOINY également de la Vernouge, l'autre (78F). "Alexandre Joseph BOURGEOIS commissionnaire, pour aller livrer avec son petit fils a dépensé dans son voyage avec son fils 7 livres 10, y compris la nourriture des vaches; et pour deux journées employées lui et son fils : 3 livres 10 sols. Au surplus a fait dîner le boucher à raison d'avoir sollicité pour accepter la vache de François Isidore BLONDEAU-TOINY de la Vernouge, lequel a coûté 1,5F." Le 20 juillet, 3 voitures attelées pour 8 jours Le 22 juillet, 2 boeufs ou vaches de 150 kg. Le 24 juillet, "pour contribuer à la subsistance d'une division de 13.000 hommes retournant en Suisse et qui doit rester 3 jours à Pontarlier" : 4 boeufs ou vaches de 150 kg et 4 quintaux de foin. "Une vache de Claude Joseph MICHAUD-FIDEY de la Verrière (108F); une de Pierre Joseph GRIFFOND tanneur (frère du maire) (103,5F); une de Jean François BLONDEAU de la Chaux-Choulet (99F). Alexandre Joseph fils de Pierre Louis BOURGEOIS les a menées avec Alexandre Joseph BOURGEOIS-ARMURIER. Sont restés deus jours et demi. Ont dépensé 11F 5 centimes. Alexandre Joseph fils de Pierre Louis a fait deux journées à faire le foin et le botteler vers les Moulin Jeannet. Il livre 4 cents pesant de viande à Pontarlier pour achever la réquisition à 6 sols la livre. Le 29 juillet, 2 vaches de 150 kg et 15 quintaux de foin. Le 31 juillet, 3 voitures attelées d'un cheval, pendant 8 jours. " Jean Baptiste CRETIN a fait marché pour 28 sols par jour pour conduire les deux chevaux de la commune attelés à une voiture. Est parti le 31 juillet au matin, est resté 9 jours en tout : 11,50F. Jean Baptiste BLONDEAU a fourni la voiture. " Le 6 août 1815, une vache de 150 kg Idem le lendemain. Le 24 août, toujours à Pontarlier, 2 voitures à échelles attelées, pour 8 jours. Du 24 au 31 août, chaque jour : 34 litres de froment, 18 litres et demi de vin, 22 litres d'avoine, 35 livres de foin, 37 livres de viande sur pied. Le 5 septembre 1815 : 8 hl de froment, 12 hl d'avoine, 230 kg de viande sur pied, 120 litres de vin. Pour la viande : une vache de BLONDEAU-RENAUD (100F) et une "de la REPUBLIQUE" (90F). Alexandre Joseph le fils de Pierre Louis BOURGEOIS dit DESSUS les a menées à Pontarlier avec son fils. LHOMME-COLLY a acheté sur le marché de Pontarlier le froment et l'avoine pour 273,82F. " Le vin n'est pas livré, on verra comme cela ira"! Le 17 septembre : 80 dal de froment,120 litres de vin, 120 dal d'avoine, 230 kg de viande sur pied. Alexandre Joseph JEANNIN-TENE fournit une vache (105F) et une génisse (69F). Son fils les a menées avec le petit d'Alexandre Joseph BOURGEOIS fils de Pierre Louis (il faut bien préciser, ils sont au moins 4 Alexandre Joseph BOURGEOIS à l'époque). L'avocat PAGNIER fournit le froment et une partie de l'avoine. Le reste d'avoine sera acheté à Pontarlier par l'avocat. Le 25 septembre, une voiture attelée pour 8 jours. Le 10 octobre 1815 : 553 rations de pain à 75 centimes l'une, 879 rations de viande à 40 centimes, 898 rations de vin, 669 rations de légumes à 15 centimes, 407 rations d'avoine à 1F., 338 rations de foin à 3F le quintal, et un cheval pendant 15 jours. "pour les Autrichiens lors de leur passage à Gonsans". Le 14 octobre, 180 kg de viande sur pied. Le 23 octobre, 3 quintaux de foin. Il est vraisemblable qu'il y eut encore quelques réquisitions à la fin d'octobre et au début de novembre.Quand les Suisses partirent-ils ? Jules MATHEZ écrit : " Enfin, par suite d'une convention conclue le 16 septembre entre le colonel d'AFFRY et le commandant du Fort de Joux, les troupes helvétiques évacuèrent Pontarlier et le territoire français (septembre et octobre) et leur chef transféra son quartier général à Yverdon". J'ai tenu à montrer ici, quitte à ce que ce soit fastidieux, les problèmes soulevés au jour le jour, aux autorités municipales bien sûr, mais aussi aux habitants, par l'occupation suisse. Enfin, après avoir remboursé à chacun sa contribution aux réquisitions (exemple : le logement et la nourriture des soldats logés chez l'habitant lui furent payés), on allait pouvoir respirer. Il n'y aurait plus de réquisitions jusqu'au passage des Prussiens en 1871.
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