Les malheurs des temps....
[./page_137pag.html]
[./page_138pag.html]
La guerre Soldats de Châtelblanc pendant la Révolution et l’Empire (suite) Les réquisitions : Les médaillés de la Croix de Sainte-Hélène A peine nés, les gouvernements issus de la Révolution de 1789 vont devoir faire face à une menace étrangère aggravée d'une contre-révolution intérieure. Si la jeune nation a besoin d'hommes pour organiser la résistance (les volontaires, puis les réquisitions et enfin, avec la loi Jourdan, les premiers conscrits), il faut très vite équiper ces troupes, en vêtements et en armes, et organiser leur approvisionnement. D'où une ponction régulière et incessante, en 1793 et 94 notamment) sur les productions du pays. Le dépouillement des archives communales de Châtelblanc a mis à jour des dizaines et des dizaines de demandes d'états des diverses productions agricoles, puis d'ordres de réquisition émanant soit du Directoire du Département du Doubs, soit du District de Pontarlier, ou même de Mouthe, le chef-lieu du canton. Il serait fastidieux de les énumérer tous. Ce qu'on demande à notre population villageoise ce sont, quasiment exclusivement des grains, du foin et de la paille. Les grains demandés sont l'orge et l'avoine, les seules céréales susceptibles de croître dans nos régions rigoureuses, et encore faut-il que les conditions climatiques aient été favorables : pas de sècheresse, pas de trop fortes pluies, pas de grêles et surtout pas d'hiver précoce qont la neige anéantirait toute moisson. Inutile de dire que la production d'une année ne suffit pas à la consommation locale. Mais la Nation demande des grains : alors il faut s'en procurer ailleurs, et à quel prix! Ainsi, le 30 juin 1794, des commissaires du District de Pontarlier arrivent dans la commune, en quête d'avoine. Accompagnés du maire et du greffier, ils font le tour des fermes et, chez cinq particuliers on trouve 1098 livres pesant de grain qu'on expédie aussitôt à Besançon. C'est Alexandre joseph BOURGEOIS dit L'HOTE qui est chargé du voyage. Mais il est obligé d'abandonner sa voiture et de la déposer à Salins, chez un aubergiste, à cause de la maladie de son cheval. Le 25 juillet, la commune charge Alexandre Joseph BOURGEOIS dit DESSUS d'aller récupérer cette avoine à Salins et de la mener à Besançon. Peu après - quelle inconséquence -, le même BOURGEOIS, voiturier, retournera à salins pour y charger 20 quintaux de graines que le District accorde à la commune "qui se trouve entièrement dépourvue"! On ne peut pas non plus satisfaire aux demandes démentielles en paille, ni même en foin. Il faut en acheter ailleurs, les botteler et il va falloir les acheminer, soit à Strasbourg, soit à Belfort pour l'armée du Rhin, et dans le meilleur des cas à Besançon ou à Pontarlier. Le conseil municipal (on disait alors : le conseil général) se doit de désigner des voituriers : des voitures équipées, tirées par deux ou quatre chevaux, avec des vivres pour les hommes et les animaux car le transport sera long et coûteux. Le 3 mars 1795, l'assemblée municipale fait part aux autorités des difficultés que la commune éprouve à satisfaire aux réquisitions en fourrage. Elle signale " le déficit considérable de subsistances pour le bétail occasionné par la sècheresse et les autres calamités dont furent endommagées les récoltes de l'été passé (1794) en cette commune, à laquelle à cause de la hauteur des montagnes où elle est située et des longs frimas auxquels elle est sujette, il faut y nourrir le bétail à la crèche ordinairement sept mois de l'année et qu'à cause de l'intempérie de l'automne dernier (1794) qui occasionna déjà un dégât considérable en faisant périr les regains et retirer le bétail des champs plus de la moitié d'un mois plus tôt qu'à l'ordinaire" si bien qu'on dut acheter du foin ailleurs "pour remplir la réquisition en foin", mais il reste sept quintaux à trouver. On fait remarquer encore "que le défaut de paille en ladite commune où il ne croît point de froment, avait obligé la plus grande partie des habitants de faire manger au bétail quantité de feuilles de bois et surtout de celles de sapins, vulgairement appelées daie, ce qui a rendu ledit bétail dans un grand état de maigreur" et aussi "que la rigueur du froid violent qui s'est fait sentir pendant tout le cours de l'hiver a occasionné une consommation beaucoup plus considérable de récolte qu'à l'ordinaire". Tout cela, "joint aux gémissements souvent manifestés par les habitants" motive cette appel à la compassion des autorités. Sera-t-on entendu? Janvier 1795 : le canton de Mouthe doit mettre des chevaux et des voitures équipées, avec les conducteurs, à la disposition de l'armée du Rhin pendant trois mois. Le commissaire chargé de l'application de cette mesure, Claude Antoine CART-BALTHAZARD de Mouthe, fait le tour des communes du canton et apparaît à Châtelblanc le 6 février. Il demande au maire, Jean Antoine BOURGEOIS-ARMURIER, si la commune a des chevaux d'au moins quatre ans. Non, dit le maire. La commune a-t-elle des voitures "capables de supporter la charge de quatre chevaux" ? Non. A-t-elle des "individus propres à accomplir les fonctions de conducteur en chef, des adjudants de maréchaux-ferrants, des ouvriers charrons ? Non. Une réquisition identique est faite six mois plus tard et CART se voit offrir les mêmes réponses. Cela paraît étrange, si l'on considère le nombre de voituriers dans la commune à l'époque, et si l'on porte attention à la délibération municipale du 23 mai 1794, huit mois plus tôt : Il s'agit de conduire à strasbourg le fourrage que la commune doit fournir à l'armée du Rhin : 101 quintaux de foin et autant de paille. L'assemblée municipale arrête alors que tous les chevaux de la commune sont mis en réquisition. Il y en a 18 et les propriétaires sont cités. Tous devront être prêts à partir avec une voiture. Les propriétaires "dont le cheval ne serait pas en état de faire route devront produire une attestation d'un maréchal expert-juré” .Trois jours plus tard, les attelages devront aller charger le foin qui a été au préalable bottelé. Douze familles sont citées, qui fourniront ce foin. Si l'on manque de paille, elle sera remplacée par du foin, à quantité égale. Pour les conducteurs d'attelage, on s'est efforcé de choisir "ceux qui ont le cheval le mieux en état et dont les ouvrages de la récolte sont les plus avancés et à qui ce voiturage pourra le moins nuire". Le document ne dit pas combien partirent. Mais on peut se demander ce que sont devenus les 18 chevaux de mai 1794, s'il n'y en a plus en janvier 1795. Pour la période couvrant l'année 1794, il se passe peu de jours sans que le Conseil se réunisse, généralement à la convocation de l'agent national (c'est alors Denis BLONDEAU-TOINY de la Chaux-Choulet) chargé dans la commune de l'exécution des ordres des autorités. Le maire est alors Jean Antoine BOURGEOIS-ARMURIER qui eut l'honneur, avec Alexis François PAGNIER, de porter à l'Assemblée de Pontarlier le cahier de doléances de l'Assemblée. Beaucoup des ordres reçus sont accompagnés de menaces : gare à celui qui n'obéirait pas, il serait considéré comme suspect, comme traître à la patrie et, de ce fait, menacé du tribunal. De même on laisse peu de temps pour remplir les réquisitions, quelques jours tout au plus, voire vingt quatre heures; il faut laisser les travaux des champs en plan et s'exécuter. Et il faut payer, toujours payer : le foin, la paille que l'on prend chez les villageois, ceux qu'on va acheter ailleurs, on paie les voituriers comme on donne des gratifications aux "volontaires" : tout cela est réparti entre tous suivant le taux des impositions courantes. Malheureusement, je n'ai pas retrouvé, pour cette période, de comptes de commune ni de répartition d'impôts. Ce fut sans aucun doute très lourd!
[./28alhomepag.html]
Accueil
[./page_128pag.html]
Sommaire : malheurs des temps...
[Web Creator] [LMSOFT]