Les malheurs des temps....
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La guerre
Soldats de Châtelblanc pendant la Révolution et l’Empire (suite)
Les armuriers : Les victimes
Bon nombre des réquisitionnés de 93 servirent comme armuriers. En effet, la Convention avait hâté la production d'armes pour équiper cet énorme contingent d'hommes qui arrivaient dans les casernes et de nombreux petits ateliers s'étaient constitués dans les bourgades à l'entour : à Crissey près de Dole, à Morez, à Foncine le Haut et même au hameau du Lételet sur Chaux-Neuve. Mon ancêtre DENISET, dans sa petite forge au Brey, fabriquait des baïonnettes.
C'était une chance d'être affecté à un tel atelier d'armes et un grand nombre des réquisitionnés de 93 purent passer ainsi plusieurs mois tranquilles quand leurs camarades malchanceux combattaient sur les routes d'Europe. Ainsi les six fils de mon ancêtre Jean Joseph BOURGEOIS dit DESSUS des Serments (on les appelait alors BOURGEOIS chez les FRERES) furent tous armuriers ! La chance? Le piston ? Allez savoir...
On trouve mention de ces armuriers en 1795, 96, 97. Ainsi, en janvier 1797, ils sont dix de la commune à travailler à l'atelier de Crissey près de Dole, dont Alexandre Joseph, Claude Ignace et Jean Xavier BOURGEOIS chez les FRERES. Ils étaient auparavant à Morez où ils travaillaient sur les brides, les mors, les éperons, les étriers... Peut-être étaient-ils même payés pour ce travail; en tout cas des documents le laissent entendre. Ils obtiennent de temps à autre des certificats de bon travail, de bon patriote : en somme, ils sont indispensables à ces ateliers et on ne saurait les en enlever pour les envoyer au combat. On leur accorde des permissions, allant jusqu'à un mois "pour ensemencer les terres de son père", mais seulement "sur certificat de la municipalité". Il était donc judicieux d'être en bons termes avec le maire, ou de la parenté d'un des officiers municipaux !...
En quoi consistait le travail de ces armuriers improvisés ? Pour l'essentiel dans la finition et l'assemblage des platines de fusil, travail qu'ils accomplissaient souvent à la maison d'ailleurs, se contentant de livrer leurs deux ou trois platines à la fin du mois.
Qu'étaient donc ces platines de fusils de guerre (les modèles 1763 et 1777) qui, à raison de deux à trois par mois, seraient "finies, montées et ajustées" par les "platineurs" ? Toutes les pièces qui constituent le mécanisme sont fixées sur une plaque d'acier : la platine. A gauche, le chien qui peut tourner autour de la grosse vis et qui retient, serré dans un petit étau par l'intermédiaire d'une petite plaque de plomb ou une languette de cuir, un morceau de silex taillé. Devant le chien, une pièce coudée : la batterie, qui cache ou libère le bassinet qui est creux et le trou qui met en communication le bassinet et l'intérieur du canon.
A droite, la pièce en forme de U couché, c'est le ressort de la batterie. De l'autre côté de la platine on a fixé un ressort identique qui fait tourner le chien. Illustration d’une platine
Pour tirer il fallait mettre le feu à la poudre. Voici ce qui se passait lorsque le soldat, après avoir visé, pressait la détente : le chien tournait et la pierre venait frapper contre la batterie qu'elle écartait tout en continuant à frotter contre elle. Ce frottement de la pierre de silex contre l'acier produisait des étincelles chaudes qui tombaient sur la poudre puisque le couvercle du bassinet était soulevé. La poudre du bassinet prenait feu et la flamme passant par le trou enflammait la charge à l'intérieur du canon.
Ce système ne pouvait fonctionner que si la pierre et la batterie étaient sèches. Le fusil était donc inutilisable par temps de pluie. En plus de son fusil, qui pesait 4,4 kg, (et dont la portée précise pour un seul homme visé était de moins de 60m et de moins de 200m sur un groupe d'hommes), le soldat portait un havresac qui pesait de 20 à 25 kg (il y rangeait son linge et ses affaires personnelles) et la giberne, coffret en sapin ou marronnier qui contenait 35 cartouches et une fiole à huile en fer-blanc. Dans une poche ou bourse en basane, fermée par un bouchon, se trouvaient un tournevis, un tire-balle, des silex et leur enveloppe en plomb ou en cuir.
Comment on chargeait le fusil : tenant son fusil à la main, le soldat relevait le chien d'un coup de pouce, soulevait la batterie, prenait dans sa giberne une cartouche et en déchirait le fond avec ses dents. Il versait un peu de poudre dans le bassinet et rabaissait la batterie. Posant la crosse de son fusil au sol, il redressait son arme, versait dans le canon le reste de la poudre et avec la baguette qu'il retirait de son logement sous le canon, il enfonçait sa cartouche et bourrait papier et balle contre la poudre. Il remettait la baguette en place et, reprenant son fusil à la main, il était prêt à tirer.
La cadence pratique de tir était de 2 coups à la minute. Les victimes
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