Les malheurs des temps....
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La guerre
Soldats de Châtelblanc pendant la Révolution et l’Empire (suite)
Les remplacements : Les armuriers
Le conscrit que le sort avait désigné pour partir pouvait, suite à la loi de fructidor an VII (août 1799) reprise en 1804, se faire remplacer. Mais il fallait établir un contrat circonstancié passé devant notaire. Dans mes dépouillements d'archives, je n'en ai pas trouvé pour Châtelblanc, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y en eut pas, le contrat ayant pu être passé à Foncine le Haut, ou ailleurs, chez des notaires dont je n'ai pas "travaillé" les actes. Toutefois, je trouve, dans un acte aux archives communales, datant de novembre 1813, mention de remplacement pour :
POUX-GUILLAUME Alexis François, instituteur à Chapelle des Bois, mais né au village. Conscrit de 1810 ; BOURGEOIS dit DESSUS (BOURGEOIS-JACQUET) François Xavier, conscrit de 1809, mon ancêtre ainsi que celui de Jean BOURGEOIS JACQUET. Il fut marchand de vin et cultivateur sur le Tartet ; BLONDEAU-NATOIRE Jean Joseph des Serments ; JANNIN-MARECHAL Alexandre Marie des Essarts ; PAGNIER Jean Alexandre François, du village, conscrit de 1808.
La plupart de ces familles se sont endettées et ont dû consentir de lourds sacrifices pour ces remplacements. Je donnerai ici l'exemple caractéristique d'un contrat trouvé dans les actes de Simon JOUFFROY notaire à Mouthe, et daté du 10 novembre 1813, concernant François Ferréol CART-BALTHAZARD de Mouthe.
François Ferréol CART-BALTHAZARD de Mouthe, conscrit de 1811, vient d'être tiré au sort. Or, il a du bien, et puis il a un oncle paternel aisé qui possède le domaine Vers chez Bugaud, et qui acceptera d'être caution du neveu. Pourquoi ne pas se faire remplacer ? La sécurité à un prix, un prix élevé en 1813 car on a encore en mémoire la terrible campagne de Russie de l'année passée : combien de jeunes conscrits sont restés là-bas dans les steppes glacées ! Voici qu'on a trouvé un bon remplaçant : Philippe GUYON, originaire de Mièges, maçon demeurant actuellement à Mouthe. Conscrit de l'an XI, il a 32 ans, il a eu la chance de ne pas être appelé alors. Il déclare "qu'il n'est atteint d'aucune infirmité qui puisse l'empêcher de servir militairement"; il a d'ailleurs déjà subi, quatre jours plus tôt la visite du conseil de recrutement à Besançon et "a été reconnu en état et admis par ledit conseil". GUYON s'oblige donc à remplacer CART et "de se comporter dans le service en bon soldat et en fidel sujet de Sa Majesté l'Empereur et Roy et d'y resster aussi longtemps que le remplacé auroit été tenu de le faire s'il étoit partit pour son propre compte". Il partira dans deux jours, le 12 novembre, pour être incorporé à Besançon. CART s'oblige à payer à GUYON la somme de 4.700F (à titre indicatif, une vache vaut alors en moyenne de 90 à 120F; une voiture ferrée 50F). Il les versera dans deux ans, avec entre temps un intérêt à 5%.
J'ai retrouvé un autre traité pour remplacement militaire, en date du 25 novembre 1818. Le tarif n'était plus que de 600F, car Louis XVIII avait succédé à Napoléon et les temps étaient redevenus plus calmes. 100F étaient payés au départ du remplaçant et les 500F restants quatre années plus tard, l'intérêt étant toujours de 5%. En cette année 1818 fut votée la loi Gouvion Saint-Cyr qui rétablit le tirage au sort (la conscription était devenue si impopulaire en 1814-1815 que Louis XVIII la supprima à son retour au pouvoir en 1815, après Waterloo, l'armée ne recourant alors, pendant trois ans qu'à des engagements), à l'exemption de ceux qui pouvaient payer un remplaçant, pour un service militaire de sept ans.
Le dépouillement des actes du notaire JOUFFROY de Mouthe donne dix traités de remplacement de militaire allant de novembre 1808 à novembre 1813. Les remplacés sont quasiment tous des cultivateurs de Mouthe, de Petite Chaux, de Gellin et de Sarrageois. Les remplaçants sont pour la plupart des ouvriers (menuisier, horloger, coutelier, tissier). Le tarif du remplacement varie de 3.000F (1809) à 4.700F (novembre 1813). Un seul cas, en septembre 1809, traite le remplacement alors que le conscrit à remplacer n'a pas encore tiré au sort. Le montant est de 1975,30F : 150F à la signature du contrat, 450F au départ et le reste deux ans plus tard. Si le remplacé (Jean Joseph FAVROT cultivateur à Petite Chaux) n'est pas tiré au sort, le remplaçant gardera quand même les 150 francs. Si le bataillon est renvoyé dans ses foyers, si le remplaçant ne doit rester que trois mois, s'il reste plus de deux ans, il gardera le total et, dans ce dernier cas, ne touchera pas plus.
Le tirage au sort
Le 29 décembre 1804, un décret impérial de Napoléon met en place le conseil de révision et le tirage au sort. L'article 11 stipule que le conscrit "sera présenté à une toise à deux montants dont la traverse sera fixée à 1 mètre 544 millimètres (...) si le conscrit n'atteint pas la traverse, on inscrira vis-à-vis de son nom, dans la colonne des observations, ces mots : incapable, à cause de sa taille, de soutenir les fatigues de la guerre. Si le conscrit a plus de 1 mètre 544 millimètres, il sera inscrit comme : bon par la taille".Art.12 : " Le sous-préfet procèdera ensuite à la désignation de la manière suivante : on mettra dans une urne autant de bulletins portant chacun un numéro différent qu'il y aura de conscrits devant concourir à la désignation; chacun d'eux sera appelé pour tirer un billet. En cas d'absence du conscrit appelé, le billet sera tiré par le maire de la commune (...)". Art.23 : "Dès que l'ordre général des numéros aura été arrêté, le sous-préfet proclamera ceux qui doivent faire partie de l'armée active; ce seront ceux qui auront obtenu les premiers numéros". L'exemption ou réforme était basée sur des critères physiques parmi lesquels il y avait, en premier lieu, la taille. Intervenaient aussi les malformations, les problèmes de vue, les signes de déficience mentale. La denture devait permettre de déchirer la cartouche, un index droit coupé exemptait le conscrit.
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