Les malheurs des temps....
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La guerre Soldats de Châtelblanc pendant la Révolution et l’Empire (suite) Les Désertions Les remplacements En 1793, les volontaires désertaient en foule, ceux de 91 comme ceux de 92 et 93. Toutes les mesures prises par les autorités pour faire rejoindre les déserteurs étaient impuissantes. La désertion n'était pas considérée par les populations des campagnes comme un crime envers la patrie. Assurés de trouver dans leur famille un bon accueil, à peu près certains de ne pas être inquiétés par les officiers municipaux, les volontaires cherchaient tous les prétextes et toutes les occasions pour fuir leurs corps, quelques-uns avec la pensée de retourner quand ils auraient fait la récolte, aidé leurs parents dans les travaux des champs, d'autres avec le secret espoir de pouvoir échapper ainsi à un service qui leur pesait. Un grand nombre d'entre eux ne se croyaient pas tenus de rester à l'armée, leur engagement n'ayant été contracté que jusqu'à la fin de la campagne; d'autres se condidéraient comme déliés de leur serment du moment que l'ennemi avait abandonné le sol de la patrie; d'autres encore se plaignaient des conditions déplorables où se trouvaient les soldats à l'armée, de l'insuffisance des vêtements, du mauvais état des vivres. Les rapports évoquaient les funestes effets de la propagande des agents royalistes, des prêtres réfractaires. Il y avait aussi le mal du pays; ils étaient hantés par la préoccupation d'aller aider leur famille dans les travaux de la campagne. On essayait bien de leur donner des permissions pour ces travaux. Une fois qu'ils s'étaient éloignés de leur corps, ils éprouvaient une peine énorme à le rejoindre.Les circulaires des administrateurs aux municipalités étaient inutiles. Tous les moyens pour déserter étaient bons. Celui auquel les volontaires avaient recours de préférence consistait à se faire donner des billets d'hôpital, mais au lieu de gagner l'établissement qui leur était désigné, ils allaient chez eux. Beaucoup ne rejoignaient pas après avoir obtenu un congé. D'autres déserteurs avaient trouvé le moyen de se faire embaucher dans les ateliers organisés un peu partout pour fabriquer les armes ou le salpêtre. Châtelblanc n'échappa pas à ce phénomène. Nombreuses furent les injonctions des autorités aux officiers municipaux de faire rejoindre tel ou tel militaire de la commune dont on pensait qu'il essayait d'une façon ou d'une autre d'échapper aux obligations militaires. En fait, personne ne savait très bien où se trouvaient ces militaires : les parents ne savaient pas ou bien, le sachant, se taisaient; les officiers municipaux passaient une bonne partie de leur temps en visites au domicile des recherchés; dans des cas plus graves, on envoyait les gendarmes et même des garnisaires. La mairie était inondée de certificats de tous ordres, de santé, de civisme, de nécessité d'aller aider la famille. Afin de ne pas alourdir le propos, je ne prendrai ici qu'un exemple, celui de Jean Baptiste CRETIN. La famille CRETIN, originaire de Chapelle des bois, venue à Châtelblanc en 1790, a donné 3 volontaires à la commune. Jean Baptiste a 37 ans quand il est volontaire, ainsi que ses deux frères, à la deuxième levée du 5 août 1792 - contre gratification de la commune. Il mesure 5 pieds 2 pouces 6 lignes. Il est marié depuis mai 1791 avec Marie Brigide BOURGEOIS et ils habitent aux Grands Abattois. Une fille, Anne Françoise leur naît en février 1792 et un garçon, Jean François au printemps 1794. Il bénéficie de congés : dix jours en décembre 1792, un autre en janvier 93 ... En septembre 95. " les gendarmes se sont transportés chez lui. Il a produit un certificat de santé de CART de Mouthe qui le déclare hors le cas de supporter la moindre route". Il est au 6e bataillon du Doubs et sans doute souvent chez lui. Est-il vraiment malade? Se fait-il tirer l'oreille pour repartir à l'armée? En octobre/novembre 1796, on décide d'imposer à son domicile un garnisaire qui devra être entretenu par la famille jusqu'à ce que Jean Baptiste rejoigne. Le 17 décembre 1796, la municipalité le déclare en convalescence chez lui : "On le croit peu capable de supporter les fatigues militaires. Il a attestation d'officiers de santé qui le pensent dans le cas de réforme". Le 24 décembre 1796 on envoie un commissaire (BEAUD de Rondefontaine) et deux chasseurs pour se faire nourrir au domicile de Jean Baptiste, "pour le presser de rejoindre son corps". Chez les CRETIN, on ne trouve que la belle-mère qui dit ne pas savoir où est Jean Baptiste, elle le croit parti rejoindre son corps. On déclare à la belle-mère (et le lendemain à l'épouse) "que les deux garnisaires resteroient en subsistance à ses frais jusqu'à ce qu'il se rende à son devoir, après quoi elle nous a répondu que ledit CRETIN n'avoit pas les moyens de sustenter lesdits garnisaires, ce que nous avons reconnu après visite faite, et de suite sont été placés à l'auberge, chez Alexandre Joseph BOURGEOIS ARMURIER aux frais de qui il appartiendra". Cette visite, ces recherches des 24 et 25 décembre 96 ont coûté à la commune 160 livres "tant pour la subsistance des commissaires et des gendarmes qu'avoir fait rafraîchir les militaires à leur arrivée qui étoient bien mouillés par le mauvais temps". Ajoutons 72 livres "pour les dépenses des deux garnisaires qui ont été placés chez Alexandre Joseph BOURGEOIS-ARMURIER 16 jours à partir du 24 décembre". La recherche n'a rien donné; la famille CRETIN est pauvre; des personnes interrogées "pensent qu'il est allé prendre sa route à Poligny pour joindre son corps alors en Italie". L'épouse a montré les certificats de santé établis par le médecin CART de Mouthe en date du 16 mai 1796. On demande le départ des garnisaires qui coûtent cher à la commune, ce qui lui est accordé le 8 janvier 1797 : c'étaient deux chasseurs à cheval du 20e régiment. Le 28 décembre 1796, trois personnes affirment "que le 24 décembre ils ont entendu dire à CRETIN qu'il allait partir sur le champ de bonne volonté pour aller rejoindre son corps à l'armée d'Italie ou solliciter sa réforme, qu'il n'y avait pas longtemps que la fièvre l'avait quitté, n'étant pas encore rétabli, qu'il avait servi fidèlement la république, il entendait continuer et n'être pas conduit par les postes dans les maisons de sûreté". Néanmoins, Claude François GRIFFOND tanneur, agent de la commune, aidé de trois chasseurs, poursuit les recherches "principalement - c'est GRIFFOND qui écrit le 31 décembre 1796 - dans quantité de maisons qu'on pouvoit penser qu'il auroit passé ou séjourné, et même par la campagne; après recherche faite nous n'en avons rien pu apprendre si ce n'est que le citoyen Jean François BLONDEAU de la Chaux-Choulet ainsi que la soeur du meunier BOURGEOIS nous ont dit qu'ils l'avoient vu le 24 décembre, vers les trois heures de relevée aller du côté de Foncine habillé comme allant en campagne; et après avoir parcouru jusqu'à la nuit, étant de retour, nous en avons dressé le présent procès-verbal de notre opération pour valoir et servir où besoin sera". ... Les documents manquent pour connaître la suite de l'histoire ! Toutefois, on retrouvera la famille CRETIN à Chapelle des Bois avant 1798; ils y auront d'autres enfants. Sans doute a-t-il enfin obtenu son congé de réforme !
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