Les malheurs des temps....
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La guerre Soldats de Châtelblanc pendant la Révolution et l’Empire (suite) La conscription : Les désertions La loi JOURDAN-DELBEL du 5 septembre 1798 fait entrer le service militaire obligatoire pour tous dans notre histoire. Elle entre en vigueur le 24 septembre 1798 (3 vendémiaire an 7). On décide de lever une classe, soit 200.000 hommes, ce qui permit de libérer les réquisitionnaires de 1793 qui souhaitaient rentrer chez eux. Service rendu obligatoire pour les célibataires et les veufs sans enfants, pour une période de 5 ans. Les conscrits furent répartis en cinq classes d'âge et appelés en fonction des besoins. Le législateur définissait annuellement les quotas. Aux exceptions on ajoutait les hommes mariés avant 1798. A ceux-ci Napoléon ajouta les soutiens de famille et les séminaristes. La possibilité de remplacement n'apparut qu'en 1802. Il serait fastidieux de donner ici, à partir de 1798, les noms de tous ces conscrits de Châtelblanc. Bornons-nous à un exemple, pris au hasard : les conscrits de 1808, c'est-à-dire les jeunes gens nés en 1788. Sur les registres paroissiaux, nous relevons 11 garçons nés en 1788. 6 d'entre eux seront inscrits sur une feuille retrouvée, intitulée "Conscrits de 1808". Au mois 3 des garçons de 1788 sont morts en bas âge. Qu'en est-il de ces 6 inscrits comme conscrits de 1808? 1. François Xavier BLONDEAU-TOINY, né au Pré d'Haut. Ne partira que le 3 juin 1813 (Pourquoi ce délai?) faisant partie de la "Levée des 120.000". 35e régiment d'infanterie de ligne. Blessé d'un coup de feu au pied droit. Rentre le 10 mai 1814. Sera-t-il rappelé pour les Cent Jours ? Le 20 novembre 1815, âgé de 27 ans, il demande son congé "à raison de son âge et comme ayant été blessé au pied droit et comme étant l'aîné de veuve indigente et infirme" (elle mourra aux Bergines où la famille, venue du Pré d'Haut, s'était installée, en 1839 à 83 ans.) François Xavier épouse Marie Mélanie JANNIN; ils ont au moins 8 enfants. La famille "voyage" beaucoup : Bergines, Pâquiers, Moulin Jannet, Chaux-Neuve puis sans doute Foncine le haut (Marie Mélanie y meurt en 1863). 2. Pierre Joseph BLONDEAU TOINY de la Chaux-Choulet. Il mesure 1,572 mètre. Le maire écrit au sous-préfet en mai 1813 à son sujet : Pierre Joseph a été réformé, mais on le redemande. Ce jeune homme a estez malade de dimance de temps à autre et l'est encore a ce jour. Je le crois impropre et inutille au service". Il restera célibataire et vivra sans doute avec la famille de son frère, cultivateur et caissier à Chaux-Choulet. Il y meurt, journalier, en mars 1864. 3. Jean Joseph Constant BOURGEOIS-ARMURIER. 1,510m. Vu sa petite taille, a-t-il été pris ? En 1831 il est sculpteur à Lons-le-Saunier. A-t-il eu de la descendance? Son père était cultivateur et horloger au village et son frère cultivateur et menuisier. 4. Claude Alexandre François MICHAUD-PIRET des Grands Abattois. D'abord réformé comme "cagneux", il sera toutefois appelé en mars 1813, car napoléon avait besoin de soldats. 84E régiment, compagnie d'artillerie. Il rentre le 6 mai 1814 et réclame alors son congé "à raison qu'ayant déjà été réformé en 1810 comme bancal; cependant ayant été reçu en 1813, comme remplaçant à vue que son infirmité avait un peu disparu par la nature qui s'était renforcé, mais les fatigues des campagnes l'ont rendu en un plus mauvais état. Au surplus comme ayant un frère que l'on croit mort à l'armée". Il repartira toutefois pour les Cant Jours et rentrera dans ses foyers à l'été 1815, après Waterlooo. "Sort de l'hôpital de Lille. Doit comparaître devant commission pour réforme définitive. 27 ans. 2 ans et demi de service. 93E régiment de ligne. A été fait prisonnier par les Anglais qui l'ont dépouillé à la bataille de Fleurus et ayant été rendu, il s'en est venu comme il a pu sans en rapporter aucune chose appartenant à l'état". Je perds ensuite sa trace. Il avait de nombreux frères et soeurs dont je ne trouve pas de descendance. 5. Jean Alexandre François PAGNIER du haut du village. 1,685m. Je n'ai pas de renseignements sur ses états de service - si toutefois il est parti ! Il épouse en 1811 Marie Victoire BOURGEOIS dit DESSUS du Tartet et meurt en mai 1820, cultivateur, laissant quatre petits orphelins. L'un d'eux, Jean Joseph, sera cabaretier avant chez PASTEUR qui achetèrent l'auberge à la famille en 1882. Jean Alexandre François avait un frère, Jean Joseph, né en 1785 et qui était devenu avocat. Il fut lieutenant de cavalerie attaché à l'Etat-Major de la place de Dijon. Garde d'honneur, membre de la Légion. Demi-solde en 1815, il partira après avoir vendu sa maison ("chez Charles") s'établir en Savoie. 6. Alexandre Joseph BLONDEAU-TOINY, le frère de Michotte/Meutson ("Chez Meutson", c'est ainsi qu'on désignait la maison occupée actuellement par les LANGEL). Je n'ai pas de détails sur son service aux armées; peut-être n'a-t-il pas été pris, car on était petit dans sa famille ? Il épouse en 1846 Marie Joséphine MICHAUD-PIRET, s'installe aux Charbonnières où il meurt en 1879. Je ne leur connais qu'une fille: Marie Louise Emélie qui épouse Luc Aimé JEUNET, cultivateur à Foncine le Haut en 1867. Dans les motifs de réforme, il en est un relativement fréquent : "n'a pas la taille". Il est admis de nos jours que nos ancêtres étaient en moyenne plus petits que nous et qu'une des raisons en serait leur nourriture et notamment la déficience en viande. Il est difficile de dire, parce que les renseignements fournis sont souvent contradictoires, quelle était la taille minimum pour être enrôlé. J'ai trouvé dans le "Gildas" (pages 75 à 80) : “Taille minimum en 1701 : 1,624m; en 1799 : 1,598m; en 1818 : 1,57m; en 1830 : 1,54m; de 1832 à la 3e République : 1,56m”. Je reste dubitatif car ont été incorporés des jeunes hommes de Châtelblanc qui n'avaient pas la taille requise. Par ailleurs, j'ai souvent pour une même personne deux tailles différentes. A-t-elle été toisée à deux époques suffisamment éloignées pour qu'elle ait grandi entre temps ? Parmi les conscrits de 1806, au nombre de 7, deux obtiennent une dispense définitive à cause de leur taille : Claude François BLONDEAU-TOINY de La Combe, né en mars 1786. Il obtient une dispense en mai 1809 : "1.50m. N'a pas la taille exigée par la loi." (Les dispensés paient à l'époque, à la Caisse d'arrondissement, une somme égale à celle des impositions réunies - ici 60,36 francs - pour être rayés du tableau de la conscription). Malgré sa petite taille, Claude François - par ailleurs contrebandier émérite - épouse en 1825 la veuve PAGNIER citée dans le n°5 ci-dessus. Ils s'installent au Tartet. 3 enfants (en plus des quatre du premier mariage de la veuve). Veuf depuis 1873, il part vivre en Suisse chez son neveu curé. Il meurt en avril 1880 à 94 ans, sans doute à l'hôpital. Pierre Paul BOURGEOIS dit DESSUS, né en avril 1786 d'un père muletier, voiturier, sur la Combille, dans une maison qui s'élevait à l'emplacement du vide (depuis l'incendie de 1876) entre "chez l'Albert" et "chez Valentin". Il obtint une dispense définitive à Besançon en juin 1807 : "1,50m. N'a pas la taille". Il sera voiturier lui aussi, épousera en 1820 Marie Victoire BLONDEAU TOINY de la Combe, mourra en 1844. Ses enfants et la veuve iront s'établir cafetiers à Châlon sur Saône. En 1852, ils vendront leur maison à leurs voisins BOURGEOIS-POTAGE (Chez Narcisse). Un des fils de Pierre Paul, enrôlé dans l'armée d'Afrique, mourra à l'hôpital de Constantine en 1849.
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