Ma vieille école Ce sont des images bien fugitives qui me viennent à l'esprit lorsque j'essaie de me souvenir de ma petite école de Châtelblanc. Elle apparaît bien sur cette vieille carte du début du XXème siècle, flanquée d’un très vieux tilleul (1) et....de ses vieux cabinets.
Mes “Racontottes”
(1)
Je revois d'abord "la maîtresse", Madame BESANCON, toujours habillée de sombre (son mari était mort en 1946), le visage tour à tour sévère et empreint de tendresse. Elle savait nous encourager quand les difficultées nous rebutaient, elle savait aussi nous pousser au bout de nos possibilités. Comme nous tremblions quand nous arrivions en classe sans savoir nos leçons! C'était une classe où l'on travaillait et Madame BESANCON était réputée "bonne maîtresse" dans toute la circonscription. Je la revois encore à la messe du matin, dans l'église souvent glaciale, messe que nous devions régulièrement servir ou à laquelle nous étions tenus d'assister, avant de nous rendre en classe. Il faut dire ici que Madame BESANCON a toujours su séparer ses convictions personnelles de son enseignement. Il ne fallait pas que l'Eglise empiète sur l'école; il n'était pas toujours facile d'avoir l'autorisation de quitter la classe pour aller servir une messe de mariage ou un enterrement! Quand nous arrivions le matin, il faisait bon se regrouper, pendant la froide saison - et Dieu sait qu'elle était longue dans nos montagnes! - autour du vieux poêle cylindrique qu'entourait une barrière grillagée. On posait nos mitaines dessus et bientôt, à l'odeur de craie, d'encre et de poussière propre à toute école se mêlait celle des habits mouillés, fumant et s'imprégnant de la chaleur retrouvée. La classe pouvait alors commencer. Quand il faisait beau, nous nous mettions en rangs dehors, le long de la vieille talevanne; quand il faisait mauvais, nous nous alignions dans le couloir, le long des porte-manteaux où nous avions déposé nos pèlerines, nos bonnets et nos mitaines. Nous croisions les bras et en chantant, toujours en chantant, nous pénétrions dans la classe. Nous restions debout à côté des vieux bancs qui avaient dû supporter beaucoup de nos anciens, et nous terminions la chanson. Il en est quelques-unes, de ces chansons, qui me reviennent encore. C'étaient les mêmes, ou à peu près, qui revenaient chaque saison, et à force de les entendre depuis l'âge de quatre à cinq ans jusqu'au certificat, elles finissaient par se graver profondément dans notre mémoire. Qui ne se souvient de : "Il fait jour, le ciel est rose, l’horizon vermeil... Ou encore : " Ah! Chantons joyeusement, Le mois de mai, le mois charmant..." Ou : "Le vigneron monte à sa vigne, Où es-tu, vigneron?..." Ou même : “Une fleur au chapeau, à la bouche une chanson....” Invariablement, la classe du matin commençait par la leçon de morale. Certaines des histoires que la maîtresse nous racontait alors pour illustrer les préceptes qu'elle écrivait au tableau et que nous devions recopier ensuite au cahier du jour de notre plus belle écriture, sont encore en notre mémoire. Qui aura oublié celle de cette femme, méchante langue, commère notoire, qui, ayant accusé un pauvre homme d'assassinat, se vit infliger comme pénitence de plumer une poule et, le vent ayant dispersé les plumes, de les ramasser toutes... La morale à tirer était, bien sûr, qu'il était impossible de retrouver toutes les plumes, dispersées au grand large, comme il est impossible d'annuler les conséquences de ses propres calomnies.
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Photo de classe 1932 avec Mme BESANCON
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Ma vieille école (suite)
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