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CONFESSION d'un ENFANT de CHOEUR
En hommage à Jean L'HOTE, auteur d'un merveilleux livre auquel j'emprunte le titre.
" On en f'ra un curé", disait la M'man en parlant de moi. Qu'est-ce qui pouvait bien l'avoir amenée à cette idée? Il est vrai qu'à l'époque, dans nos régions si catholiques, un prêtre ou une religieuse était une bénédiction du ciel, un honneur pour la famille, et ma si pieuse marraine en aurait été ravie.
Dès l'âge de raison quasiment - on disait alors que c'était sept ans - tout garçon était embrigadé chez les enfants de choeur, une sorte de franc-maçonnerie interdite aux filles, ce qui confirmait bien la supériorité indiscutable - alors indiscutée - de l'homme sur la femme! Etre "servant": un honneur les premiers jours, puis une "sacrée" corvée! Hiver comme été, la messe quotidienne était à sept heures, et pas question de la manquer; comme servant, ou tout banalement comme fidèle. L'hiver, notre immense église était glaciale et il arrivait que l'un de nous, pris de subite faiblesse, s'évanouisse entre les bancs : cela m'est arrivé une ou deux fois.
Enfant de choeur le dimanche était un peu plus drôle: nous évoluions devant un public (pardon! Une assistance) nettement plus nombreux. Et puis il y avait l'harmonium, les chants et... le pain bénit qu'il fallait, avant l'office, découper comme pour une fondue. Chaque servant avait droit à une tranche entière, et nous nous la faisions bien épaisse tant le pain était frais, craquant, et puis : c'était le pain des autres !
Le régal, c'était de servir les baptêmes car il y avait à la clef un cornet de dragées avec parfois (trop rarement) un petit billet lové tout au fond. M. Le curé, lui, avait une boîte entière (et sans doute un gros billet), ce qui nous faisait rêver. Et je crois bien que c'est cela qui m'avait poussé à dire à mon entourage que je voulais être curé, et ma vocation était donc placée sous le signe de la gourmandise.
Alors j'inventais des messes à la maison. Je me construisais un autel, le recouvrais d'un beau linge blanc, j'empruntais à la vaisselle familiale le gobelet qui tiendrait lieu de calice. Les cierges étaient les bougies que l'on tenait en réserve car l'électricité, surtout en hiver, était souvent défaillante. Le livre d'"Heures" de la marraine, gros à souhait avec sa tranche rouge, devenait le livre des Evangiles. J'enfilais une chemise de nuit de la M'man, m'affublais d'un cache-nez en guise d'étole: j'étais prêt pour le saint-sacrifice. Notre bon gros minet, quand il était bien disposé, servait à lui seul d'assistance recueillie...Et j'officiais avec conviction, avec componction même, avec force génuflexions et des "Dominus vobiscum" par-ci, des "Kyrie" par-là, et pour finir, une bénédiction assortie d'un retentissant "Ite missa est", digne de notre doyen de Mouthe. Mais je ne me souviens pas de ce qui me servait d'hostie et de vin de messe! Peut-être des rondelles de carotte et un peu d'eau de notre citerne.
La vêture du servant était la soutane rouge (noire pour les enterrements), le surplis blanc agrémenté de dentelle et, sur la tête, une petite calotte rouge. Le hic était de trouver un ensemble à sa taille car le vestiaire était pauvre, à l'image de la paroisse.
Ne croyez pas qu'être servant était sans risques. Bien sûr, il fallait connaître les répons (même si on n'en comprenait pas le sens), les placer au bon moment, sonner la clochette quand il le fallait, etc., ça c'était de la routine, un peu d'entraînement y suffisait. Non, le plus dangereux était, surtout pour les tout jeunes servants ou ceux, plus âgés, mais de "trop petit bois", de transporter le lourd livre sacré de babord à tribord, c'est-à-dire du côté de l'évangile à celui de l'épître (ou vice et versa, je ne sais plus très bien) car il avait une forte propension à glisser du petit lutrin sur lequel il était ouvert et à se projeter sur les marches de l'autel dans un tintamarre de tous les diables. Le diable, c'est sûr, devait se tenir les côtes de rire, ainsi que la marmaille des copains et des copines (surtout des copines, à qui ça ne risquait pas d'arriver!). En plus de cela, les degrés de l'autel étaient recouverts d'un tapis, en théorie fixé par des tringles de laiton, mais qui avait tendance à se gondoler en toute malice pour faire "déguiller" ou "s'écaber" le malheureux servant porteur du "sacré" livre! Le Caté...
Mes “Racontottes”
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Suite : Le Caté...
Illustration tirée
de Barbizier
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